Film de Diego Quemada-diez (Mexique – 2013 – 1h42) avec Brandon Lopez, Rodolfo Dominguez, Karen Martinez

 

Film proposé en Version Originale Sous-Titrée

Prix un Certain Talent au Festival de Cannes 2013

reves d'or affiche uneJuan, Sara et Samuel, 15 ans, fuient le Guatemala pour tenter de rejoindre les Etats-Unis. Au cours de leur traversée du Mexique, ils rencontrent Chauk un indien tzotzil ne parlant pas espagnol et voyageant sans papiers. Les adolescents aspirent à un monde meilleur au-delà des frontières mexicaines mais très vite, ils vont devoir affronter une toute autre réalité.

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Pendant ses années de formation en tant qu’opérateur caméra pour des cinéastes aussi prestigieux que Ken Loach, Fernando Meirelles, Alejandro Gonzalez Iñárritu, Tony Scott, Oliver Stone ou Spike Lee (un beau palmarès), le cinéaste espagnol Diego Quemada-Diez a collecté durant plus de dix ans des histoires liées aux flux migratoires entre l’Amérique centrale et les Etats-Unis. Cherchant à recueillir le plus de témoignages possibles afin de construire un scénario trépidant et crédible à la fois, l’apprenti-cinéaste n’a pu se résoudre à terminer la rédaction du script de ce qui deviendra Rêves d’or avant de parfaitement maîtriser le sujet. Après s’être fait la main sur des courts à portée documentaire, le réalisateur a fini par sauter le pas. Afin de créer une immédiate proximité entre le spectateur et les migrants, Quemada-Diez s’est appliqué à dénicher des jeunes qui suscitent l’empathie. Après un casting géant organisé dans les quartiers pauvres de la capitale guatémaltèque, le réalisateur a choisi le jeune rappeur Brandon Lopez – absolument remarquable de présence – l’attachante Karen Martinez et l’indien Rodolfo Dominguez (au jeu plus en retrait).
Le trio, complété par Carlos Chajon à la capacité d’incarnation plus fragile, décide de suivre la traditionnelle filière d’immigration clandestine qui va de l’Amérique centrale aux Etats-Unis. Totalement représentatifs des espoirs de ces migrants qui pensent aux States comme à un Eldorado, les ados en partance sont d’une naïveté touchante. Leur parcours se révèle pourtant rapidement être un chemin de croix qui les amènera à perdre une à une toutes leurs illusions sur le monde qui les entoure et sur la nature humaine. Malgré l’accumulation de drames intenses, Rêves d’or ne tombe jamais dans l’écueil du mélodrame par l’extrême rigueur de sa réalisation. Soucieux de livrer une œuvre à la lisière du documentaire, Quemada-Diez tourne caméra à l’épaule dans une sorte d’urgence qui sied bien à la situation. Capable de saisir des instants d’intimité entre les trois jeunes, il sait également rendre le périple trépidant par un recours au suspense et à des péripéties aux confins du thriller.Toutefois, la véritable force du long-métrage réside dans sa capacité à démontrer que les pauvres finissent toujours par se dévorer entre eux au lieu de se liguer contre leur ennemi commun. Durant le périple, le danger se niche à tous les niveaux : policiers corrompus, clandestins voleurs, truands qui recherchent des jeunes filles pour les prostituer sont autant de menaces qui planent au-dessus des trois héros. Grâce à un scénario implacable qui va jusqu’à éliminer des personnages importants à mi-parcours, Rêves d’or est une œuvre glaciale. Alors que le voyage est conçu par les migrants comme une libération, le film les enferme progressivement dans une spirale infernale qui débouche sur une dernière scène où l’asservissement prend des allures mortifères. Démontrant de manière grandiose qu’il est quasiment impossible de sortir de sa condition première, ce premier long-métrage sans concession est sans aucun doute l’un des coups de poing de la saison.

Critique “Télérama”

Fuyant le Sud, ils quittent tout et risquent tout pour gagner les Etats-Unis. Pour son premier film, l’Espagnol Diego Quemada-Díez, installé au Mexique, s’est inspiré de témoignages de migrants. Ancien assistant de Ken Loach, il semble proche du documentaire. Mais il sait utiliser, aussi, les outils de la fiction, la dramaturgie. Un mélange qui fait de Rêves d’or un film d’une force étonnante.

On y suit trois adolescents qui, partis du Guatemala, espèrent aller jusqu’à Los Angeles, en marchant à n’en plus finir, en s’embarquant sur des trains de marchandises. Deux garçons et une fille auxquels on s’attache vite. Ils ne sont jamais les porte-parole d’une réalité économique, qui semble, d’ailleurs, les laisser indifférents, même si elle les jette sur les routes. C’est leur jeunesse qui est montrée, une légèreté qui les accompagne quand ils s’amusent à marcher sur les rails comme des équilibristes sur une corde. Le monde s’ouvre à eux et semble presque donner raison à leur projet : trouver, enfin, une vie de rêve.

A cet élan magnifique, le réalisateur confronte une réalité dont la dureté s’affirme inexorablement. La fuite en avant devient voyage sans retour. Au coeur de paysages écrasants, la solitude et la fragilité des adolescents sont toujours plus visibles. Ils entrent dans un parcours qui fait d’eux des clandestins. Des proies. Une condition inhumaine dont le film donne, peu à peu, toute la mesure. Avec une rigueur et une sensibilité si éclairantes qu’on a le sentiment de voir cela pour la première fois.

 

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