Film d’Olivier Nakache et Eric Toledano (France – 2014 – 1h58) avec Charlotte Gainsbourg, Omar Sy, Izia Higelin, Tahar Rahim…


Samba affiche uneSamba, sénégalais en France depuis 10 ans, collectionne les petits boulots ; Alice est une cadre supérieure épuisée par un burn out. Lui essaye par tous les moyens d’obtenir ses papiers, alors qu’elle tente de se reconstruire par le bénévolat dans une association. Chacun cherche à sortir de son impasse jusqu’au jour où leurs destins se croisent… Entre humour et émotion, leur histoire se fraye un autre chemin vers le bonheur. Et si la vie avait plus d’imagination qu’eux ?

 

Critique « aVoir-aLire.com »

Après la multinationale Intouchables, phénomène francophone à plus de 400 millions de dollars dans le monde, que toute la France a exalté pour devenir l’un des films préférés du public contemporain, il n’était pas aisé pour Olivier Nakache et Eric Toledano de rebondir, d’autant plus que si leur oeuvre a été acclamée et qu’ils ont fait le tour de la planète applaudis généreusement par les audiences du film, c’est Omar Sy qui ressortait le plus glorieux de cette histoire. Beaucoup de Français ignorent encore jusqu’àux noms des deux cinéastes.

Aussi, avec Samba, ils ne prennent guère leur distance par rapport à leur titre de gloire, puisqu’ils reviennent dans la comédie sociale où les contraires s’attirent. Néanmoins, là où l’amitié réunissait le tandem Omar SY et François Cluzet, c’est l’attirance physique, l’amour, qui sert de moteur entre le personnage de cadre joué par Charlotte Gainsbourg et le sans-papier en lutte constante pour rester sur le sol hexagonal, incarné avec brio par Omar. Comme dans Intouchables, toutefois, le personnage « blanc », bien assis socialement, est toutefois largement fragilisé : l’handicap moteur de l’un fait place à la dépression de l’autre. Gainsbourg joue d’ailleurs avec vulnérabilité cette caractéristique humaine, lui apportant toute sa beauté, dans sa simplicité et sa sobriété. Elle est remarquable.
Samba, une redite ? Pas forcément, on parlerait d’avantage d’un approfondissement dans la carrière d’auteurs cohérents qui se sont basés sur un matériau littéraire qui, a priori, n’avait rien à voir avec Intouchables. Nakache et Toledano aiment explorer les forces et les failles de leurs personnages et fondent pour les complicités qui transpirent à l’écran, on se souvient encore avec émotion du beau duo joué par Depardieu et Jean-Paul Rouve dans Je préfère qu’on reste amis, premier film, très prometteur en 2004. Il y a dix ans déjà…
Aujourd’hui, dans Samba, ils transgressent les règles de l’amitié, avec un vrai beau personnage féminin, comme il n’y en a jamais eu dans leur oeuvre. Brisée, fêlée, la cadre qui donne dans le soutien associatif aux sans-papiers, est un beau cliché de « bons sentiments » dans une société aveugle que l’on ne connaît que trop bien. Elle fait voler en éclats les cloisons qui séparent les communautés, sociales, ethniques ou de genre, pour se reconstruire aux côtés d’êtres démunis qui vont pourtant l’emplir de ce quelque chose qui lui manquait, communément appelé l’humanité.

La frontière entre les beaux et les bons sentiments n’est jamais très loin, et l’on sent poindre peut-être parfois un élan de manichéisme, ou du moins se manifeste-t-il dans la maladresse… L’ouverture, visuellement vertigineuse, forte d’un budget cossu évident, nous conduit du faste d’un grand restaurant où festoie la clientèle aisée, jusqu’aux cuisines, où labeur et détresse s’agitent en la personne défaite d’Omar Sy, qui semble synthétiser toute la misère du monde sur son visage triste. Cet aspect existait déjà dans Intouchables et n’avait nullement diminué sa portée. Il ne vient en rien rabaisser le discours fort de Samba, comédie, romance, mais aussi véritable thriller social, vision commerciale mais non inintéressante du cinéma d’Alain Gomis (L’Afrance).
Au final, Samba regorge de charmes, de drôleries et de moments dramatiques intenses. Il nous interpelle, en filigrane, sur notre vision de l’immigration, notre modèle d’intégration, le droit à l’accueil dans des conditions de labeur parfois contradictoires (quel emploi donner dans une société en panne ?), mais octroie l’essentiel de ses intentions sur l’humain, l’être, celui qui défie les appartenances communautaires pour toucher à l’universel. Avec la prestance de la caméra des deux auteurs, le résultat est probant.

 

 

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