Film de Bong Joon Ho (Corée du Sud – 2013 – 2h05) avec Chris Evans, Song Kang-Ho, Ed Harris

 

Interdit aux moins de 12 ans

Snowpiercer Affiche-France une« Contrôler la Machine, c’est contrôler le Monde ! »

2031. Nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la terre sans jamais s’arrêter. Mais l’être humain ne changera jamais…

« Snowpiercer », le nouveau film de Bong Joon-ho, produit par Park Chan-wook, est l’adaptation de la bande dessinée culte de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette « le Transperceneige », avec Chris Evans, Tilda Swinton, John Hurt, Jamie Bell, Ed Harris et Song Kang-ho.

 

 

Critique « Cinémateaser »

La richesse de SNOWPIERCER est telle qu’il faudrait le voir encore et encore pour cerner tout ce qui fait de ce film l’œuvre complexe et politique qu’on n’attendait plus. Adaptation aménagée du « Transperceneige » (bande-dessinée française écrite par Jacques Lob, Jean-Marc Rochette et Benjamin Legrand), cette science-fiction (qui n’a de science-fiction que le nom) se pose en reflet du chaos social, éthique et humain d’aujourd’hui. Dans un futur proche, alors que le combat contre le réchauffement climatique aura dégénéré, l’humanité sera réduite à quelques milliers de personnes tournant perpétuellement autour d’une Terre glacée, à bord d’un train commandé par le mystérieux Wilford. Les nantis ont investi les wagons de tête. Les autres, sauvés in extremis par Gilliam (John Hurt), sont refugiés en queue, dans d’ignobles conditions de survie. Mais Curtis (Chris Evans) a un plan : remonter chaque voiture pour destituer les oppresseurs. S’engage une lutte sanguinaire et sans merci. Jusqu’où vont aller les puissants pour maintenir leurs privilèges face à des hommes prêts à mourir pour retrouver leur dignité ? Quel cynisme, quelle idéologie, nourrissent les sociétés s’étant autoproclamées civilisées et le concept d’équilibre mondial ? Un peuple qui se soulève est-il sur la voie de la liberté ? Quand il s’agit de poser des questions sur la nature humaine, Bong Joon Ho pose celles qui fâchent. Impossible de ne pas voir dans ce futur dystopique et cette lutte des classes un cri de rage, un appel époumoné à tout détruire. Le propos désespéré va de pair avec la forme, brassant une imagerie guerrière ultraviolente. Rien n’échappe à l’atmosphère martiale, au recensement en rang d’oignons… et le chaos de la misère de faire face au chaos de l’ordre. On connaissait Bong Joon Ho virtuose, mais aux envolées magistrales (qui rappellent aussi celles de Park Chan-wook, son producteur ici), aux plans-séquences aériens, succède parfois un style plus sévère, plus syncopé, où la caméra se débat dans ces wagons surpeuplés et la claustrophobie ambiante. Toujours dans le souci du mouvement perpétuel, car là est aussi le sujet du film : la fuite en avant vers la destruction comme un cycle existentiel. Suivant au plus près son sombre héros, catalyseur sacrificiel de la rébellion et pur produit des injustices sociales – campé par un Chris Evans puissant –, le réalisateur trace son film en ligne droite. S’il le débute à vitesse grand V, il l’émaille de moments plus calmes mais non moins tendus, où il est temps de constater les dégâts. Et si SNOWPIERCER est bel et bien un film sud-coréen, c’est dans sa capacité à toujours exalter la grande poésie du désastre.

Critique « Kritikat.com »

Le monde clos du Transperceneige est plus qu’un prétexte à un huis clos de plus : si l’argument sociologique est en effet des plus classiques, Bong Joon Ho se montre économe en ce qui concerne les effets d’enfermement. Le réalisateur-scénariste veille surtout à construire un monde certes clos mais fonctionnel, logique, riche et aux vastes potentialités. Le dehors, souvenir morbide d’une gloire passée, sert surtout de ligne d’horizon chimérique, mais pas de déclencheur de la révolte du tiers-monde : l’espoir se situe à l’avant, pas dehors. Avec une mise en scène d’une fluidité exemplaire, Bong Joon Ho donne corps à un monde incroyablement vertical, et parvient à exprimer l’écrasante marche perpétuelle du train vers l’avant : un tube aspirant, facteur multiplicateur des tensions dans un monde devenu menaçant, écrasant, mais également majestueux.

Bong Joon Ho semble pourtant se soucier comme d’une guigne de sa prouesse visuelle : la peinture des rapports humains l’intéresse plus que tout, la forme ne venant qu’en prolongement logique, à peine remarqué par le spectateur, du récit. Baroques, absurdes et délirantes, les strates sociales du Transperceneige se valent aux yeux du réalisateur, et si celui-ci fait au départ la part belle aux pauvres, ce n’est que par sa logique narrative. Le sens du second degré du réalisateur de The Host fonctionne à plein régime, et tous sont aussi ridicules, pathétiques, les uns que les autres [1] : le talent certain du réalisateur pour la satire apparaît pour la première fois débarrassé de ses éventuelles contingences culturelles – le Transperceneige permet à Bong Joon Ho de se pencher sur le cas de l’humanité dans son entièreté, et chacun en prend pour son grade [2].

L’expression « grand spectacle », auquel on semble aujourd’hui préférer celui de « blockbuster », semble être parfaitement adapté à Bong Joon Ho. Son Transperceneige est un monde encore plus clos qu’il n’y paraît : c’est une scène de théâtre, où se joue une pièce baroque, un miroir déformant (si peu…) révélant les monstruosités de l’homme. Poussé dans ses derniers retranchements, l’homme est, si l’on en croit Sam Peckinpah, une bête haineuse ; si l’on écoute Edgar Wright et l’équipe Cornetto, un bon beauf qu’il convient de regarder avec une chaleureuse bienveillance. Bong Joon Ho, lui, refuse même ce panache bestial, cette tolérance facile : l’homme, pour lui, n’est qu’un bouffon, et si ses combats ne sont pas vains – pas pour l’homme lui-même en tout cas – , ils sont sans objet, ridicules, dérisoires.

Écrasante et éclatante scène de théâtre protéiforme, le cadre du Transperceneige réduit l’homme à sa part la plus médiocre, la plus veule, tandis qu’il dispose de ses éléments idéalistes avec une froide objectivité. Nanti d’un budget sans commune mesure avec celui de ses précédentes réalisations, Bong Joon Ho passe avec brio l’épreuve de la grosse production, en conservant son identité formelle et thématique. Amuseur de génie, artistiquement intègre, il passionne toujours plus à chaque nouveau film.

Critique « La Croix »

2014. Un gaz refroidissant doit être la solution révolutionnaire au réchauffement de la planète. Mais, propagé dans les couches supérieures de l’atmosphère, il déclenche une nouvelle ère glaciaire, anéantissant toute forme de vie. Wilford, un entrepreneur visionnaire, a conçu un train gigantesque où tous les survivants prennent place. Le Transperceneige, qui parcourt le globe en une année, est contraint à ne jamais s’arrêter : son mouvement maintient l’énergie et l’eau nécessaire à l’écosystème de ses passagers.

2031. Depuis dix-sept ans, le train tourne autour de la planète, toujours dirigé par Wilford, son invisible conducteur. Mais dans les derniers wagons où les survivants s’entassent dans la saleté et la promiscuité, la colère gronde. Le vieux Gillian persuade Curtis de prendre la tête d’une révolution : avec d’autres passagers de l’arrière, le jeune homme doit remonter le train de wagon en wagon jusqu’à la locomotive pour prendre le contrôle de la Machine.

Lorsque le réalisateur coréen Bong Joon Ho découvre en 2005 la bande dessinée française Le Transperceneige, de Jacques Lob, Benjamin Legrand et Jean-Marc Rochette (1), il est frappé par l’aspect hautement cinégénique de cette arche de Noé ferroviaire.

Après avoir tourné The Host et le splendide Mother, deux succès historiques en Corée, il s’attelle enfin à l’adaptation de la BD. Pour son premier film en langue anglaise, il choisit une distribution internationale chère à Hollywood avec Chris Ewans, Ed Harris, Tilda Swinton, mais demeure fidèle aux acteurs coréens Namgoong Minsoo et Ko Asung, déjà père et fille dans The Host, ainsi qu’à ses forts partis pris de réalisation.

À la croisée du film d’auteur et du blockbuster, Snowpiercer montre l’inexorable et sanglante progression des révoltés dans le train, raccourci saisissant d’une humanité profondément inégalitaire. Les passagers de queue, habitués depuis dix-sept ans à la pénombre, à la surpopulation et à une nourriture infecte, découvrent des wagons dont les fenêtres s’ouvrent sur les blanches et somptueuses étendues glacées de la Terre, figées dans un perpétuel hiver.

Surtout, ils constatent que devant, on vit dans un confort ouaté, engourdi par la finesse des mets, l’abondance des drogues et la propagande pro-Wilford aussi virulente que lénifiante.

La violence des combats qui accompagnent chaque avancée des rebelles rend pénibles certaines scènes (le long-métrage est interdit en salles aux moins de 12 ans). Elle prend néanmoins un sens inattendu dans la chute de ce film qui apparaît comme une ode à la résistance. Métaphore limpide de la lutte des classes, Snowpiercer, aux accents écologiques, dénonce le cynisme du pouvoir absolu et affiche son refus d’accepter l’inacceptable au nom du réalisme.

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