Film de Jacques-rémy Girerd avec les voix de Sabine Azéma, Josiane Balasko (France – 2013 – 1h29)

 

Tante hilda affiche uneC’est une fable moderne. Tante Hilda, amoureuse de la nature, conserve, dans son musée végétal protégé de toute pollution, des dizaines de milliers de plantes venues du monde entier. Beaucoup sont en voie de disparition. Parallèlement, une nouvelle céréale, l’Attilem, mise au point par des industriels du secteur agro-alimentaire, se cultive avec si peu d’eau, sans engrais, et produit des rendements si prodigieux, qu’elle apparaît aux yeux de tous comme la solution miracle pour enrayer la faim dans le monde et prendre le relais du pétrole dont les réserves s’épuisent.

 

 

Critique “20 Minutes”

Avec ses cheveux carotte et son dynamisme, l’héroïne de Tante Hilda! fait penser à Sabine Azéma. Normal : la comédienne prête sa voix à cette botaniste farfelue dans ce nouveau conte écologique que son auteur acques-Rémy Girerd qualifie de «légèrement loufoque» Le réalisateur de Mia et le Migou (2008) et son complice Benoît Chieux ont tout de suite pensé à elle pour doubler cette femme en guerre contre une multinationale qui exploite une céréale nocive pour tous les autres végétaux.

«Sensibiliser les enfants aux problèmes écologiques par le biais d’un film ludique me semble un bon moyen de leur faire comprendre ce qui se passe autour d’eux sans les brusquer», explique Girerd. Son film est avant tout une suite d’aventures comiques dans des décors aux couleurs chatoyantes mettant en valeur les beautés de la nature. «Nous avons voulu donner des envies de campagne et de fleurs contrastant avec l’univers aseptisé dans lequel évolue la patronne de la multinationale», dit-il. Cette dernière, doublée par une Josiane Balasko dont la voix fait trembler les murs, est une réjouissante caricature de PDG prête à tout pour accumuler des profits.

«C’est quand on est petit qu’on est le plus ouvert et j’espère que Tante Hilda! donnera envie aux gamins de parler avec leurs parents». Il y a de quoi dégoûter n’importe qui des OGM en douceur dans cette fable tendrement drôle qui sait faire rire sourire pour mieux délivrer un message important. Des livres superbes (album, roman ou document sur la biodiversité parus chez Flammarion) achèveront de séduire les botanistes en herbe…

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Dans sa dernière prophétie cinématographique, Jacques-Rémy Girerd nous met en garde d’un monde sans plante. Son conte écolo met en scène les ravages des pesticides et des multinationales, érigeant l’écologie comme le dernier obstacle à une société ultra-libérale, où la grande entreprise n’est plus qu’une entité gourmande, dont le seul but est d’engloutir, toujours grossir, au détriment des bonnes choses qui font notre monde, et en particulier ce qu’il y a de plus sain, notre rapport à la nature. Girerd et ses peintures faussement naïves aime le combat et il le fait avec des formes généreuses, qui s’écartent des clichés mignons des films animés habituels. Ses personnages ressemblent plus aux normes des Jean-Pierre Darroussin que de la beauté des princes charmants Disney pour ancrer le débat au plus près d’un réalisme fantastique et poétique, où la générosité de l’artiste et de ses utopies nous inondent de bonheur. La Tante Hilda, dans sa grande serre botanique, est comme une princesse dans son palais. Une princesse physiquement atypique (elle évoque un peu la méchante Cruella de Bernard et Bianca avec sa tignasse rousse et son nom particulièrement tranchant), dans un lieu où les richesses de parure ont été remplacées par des délices bio qui viennent émoustiller les sens des spectateurs.
La grande méchante du film, inspirée par la Castafiore de Tintin, est une gloutonne, elle aime corrompre les politiques par son opulence, débordant d’argent comme de graisse, vorace et goulue, elle en veut toujours plus. Cette grosse bonne femme à la tête de la première multinationale au monde, personnage insatiable qui voue une haine certaine pour le végétal, serait presque un cliché chez un animateur peu doué, mais Girerd sait que le monde n’est ni blanc ni noir, et c’est dans les nuances psychologiques qu’il fait des merveilles. Son univers est complexe et ne se laisse nullement diminué par le manichéisme d’usage, mettant ses créations d’un scénario épatant, où au final, l’humour et la recherche visuelle nous font totalement chavirer.
Co-réalisé pour le studio Folimage par Benoît Chieux, Tante Hilda s’amuse des techniques, s’essayant au graphisme sixties, assez statique, mais mélangé avec des effets numériques à la pointe qui confère un cachet magique aux images extrêmement sensorielles. Le mariage donne naissance à des scènes en apesanteur, assez étonnantes, de réels tours de force, alors que l’histoire sans enfant (une première pour le réalisateur) s’approprie, notamment dans la musique, une texture électro-rock progressive hippie des années 70. Délirant, fantaisiste, charismatique, Tante Hilda fait passer son message de vie et de plante sans forcer le trait. Avec sept années de production et un générique de fin farfelu et pédagogique mettant en avant les efforts pour parvenir à pareil résultat, le film est une nouvelle illustration des singuliers talents du “made in France”, rejoignant Les triplettes de Belleville, Le jour des corneilles, Le tableau, Kirikou, Ernest et Célestine ou Une vie de chat dans cette longue litanie de produits artisanaux qui ne cessent de nous surprendre quand le blockbuster hollywoodien (La Reine des Neiges ou M. Peabody et Sherman tend à nous laisser froids.

 

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