Film de Hirokazu Kore-Eda (Japon – 2013 – 2h01) avec Fukuyama Masaharu, Ono Machiko, Maki Yoko, Lily Franky….

 

Prix du Jury au Festival de Cannes 2013

Film Coup de Coeur : tarif découverte : 5 euros

Film proposé en VOST

tel pere affiche uneRyoata, un architecte obsédé par la réussite professionnelle, forme avec sa jeune épouse et leur fils de 6 ans une famille idéale. Tous ses repères volent en éclats quand la maternité de l’hôpital où est né leur enfant leur apprend que deux nourrissons ont été échangés à la naissance : le garçon qu’il a élevé n’est pas le sien et leur fils biologique a grandi dans un milieu plus modeste…

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Vainqueur du Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, Tel père, tel fils s’est immédiatement vu acheté ses droits d’adaptation par le Président du Jury, un certain Monsieur Spielberg. Bien que rassurés de voir ces droits tomber dans les mains d’un auteur respectueux, on peut légitimement se questionner quant à la pertinence d’une ambition de remake aussi rapide. Car au-delà des questions poignantes sur la paternité, le film de Hirokazu Kore-eda se positionne comme un instantané du Japon moderne et plus précisément, sa soif de réussite personnelle obsessive conduisant à l’abstraction des individus. Naviguant d’une problématique à une autre avec une intelligibilité fascinante, et néanmoins cohérente, le film semble évoluer paisiblement vers un hellénisme magnifié par une mise en scène sobre, au-delà de tous les habituels clichés.

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Tel père, tel fils s’inscrit autant dans la continuité du cinéma d’auteur japonais, et plus largement asiatique, que dans une vision attentive et inhabituelle pour le moins “réaliste”. Les affres de ses héros ordinaires, il faut avoir avec quelle nuance délicate Koreeda les dépeint : les personnages sont souvent irritables et attendrissants dans une même scène, rappelant tout simplement le pittoresque de notre condition. Le récit balisé du long métrage, dans les mains de n’importe quel faiseur, n’aurait donné lieu qu’à un téléfilm basique à peine agréable mais dans les mains du Japonais, l’œuvre se transforme en noble et vibrant film d’auteur.

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Hirokazu Kore-eda, déjà aux commandes de l’une des dernières belles balades nostalgiques sur la destinée, I Wish, peaufine ici son univers sur l’enfance, visiblement pour le plus grand plaisir de Steven Spielberg à qui le thème parle forcement. Car même si les enfants ne sont pas les protagonistes du métrage, ce rôle étant tenu par le père de famille qui s’oublie dans sa monomanie professionnelle, c’est souvent par leur regard virginal que s’effectue la mise en lumière sur la stupidité d’un monde outrageusement matérialiste.

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En cela, la scène de l’appareil photo est mimétique des errances du monde moderne et c’est réellement par le talent de mise en scène qu’elle est pleine de sens. Elle met en exergue le refus du plaisir enfantin par l’utilitaire, mais pose ensuite les bases d’une obsession presque métafilmique de ces dernières années : la glorification des êtres via l’instantané photographique. De cette pose familiale dont le réalisateur tire l’affiche de son film, il résume son envie d’évoquer l’enfance, la paternité, notre époque ou encore le déterminisme social sans que jamais, le spectateur n’ait l’impression qu’on lui témoigne autre chose qu’une peinture de destins. La réalisation nuancée jusqu’à son dernier plan, n’est rien d’autre qu’une ampliation des vies humaines. Et au réalisateur de passer durant les deux heures de projection du drame à l’émotion, ou encore aux sourires le temps d’un champ-contrechamp : grand film !

 

 

Critique “Critikat.com”

C’est dans les termes voilés des piques conjugales routinières que d’entrée de jeu, M. et Mme Nonomiya signalent leurs différences sur l’éducation de leur fils Keita. Comme dans Still Walking, Kore-eda observe une cellule familiale où le ver du malentendu et de la cruauté au sourire bienveillant est dans le fruit du bonheur promu en valeur sociale et donc affiché par tous (c’est ici une famille aisée – le père, Ryota, est architecte). Le scénario se charge de mettre à nu ces fêlures par un coup de théâtre : les Nonomiya apprennent abruptement que Keita n’est pas leur fils biologique, qu’il y a eu un échange à la naissance. Soudain, le film devient celui de Ryota, prompt à se prétendre conforté dans une intuition qu’il aurait eue vis-à-vis de ce fils étranger (« c’était donc ça »), à chercher des responsables à cette anomalie (sa femme qui en tant que mère aurait dû s’en douter, la maternité…). Ses doutes, ses certitudes et ses calculs se font le moteur du film. Celui-ci fait mine de faire siens les thèmes des doutes explicites de Ryota (le lien père-fils se définit-il par le sang et par lui seul ?). Mais en même temps, il relève que la question n’est pas si simple, même pour ce personnage aux désirs décidément troubles : une fois contact pris avec le couple qui a élevé son fils sous le prénom de Ryusei (c’est-à-dire les parents biologiques de Keita), il caresse la glaçante idée – jamais concrétisée – d’obtenir par voie judiciaire la garde des deux garçons, comme si ceux-ci n’étaient plus que des objets à posséder… Sur le même mode déceptif, Kore-eda déclare formuler entre les deux couples un conflit de classes – assez grossièrement d’ailleurs, opposant aux bourgeois Nonomiya les Saiki, gens simples travaillant de leurs mains, aux manières moins guindées mais aussi aux personnalités moins affirmées, semblant là seulement comme contrepoint comique aux démarches de Ryota. Il y a pourtant ces moments où les familles de milieux différents se rapprochent, et pas toujours pour le meilleur : quand il s’agit d’espérer de grosses indemnités, par exemple : ou quand, l’échange de bébés s’étant avéré un acte de malveillance, les mères (celles qu’on accusait trop rapidement de ne s’être doutées de rien) s’épanchent toutes deux de leur colère envers le coupable.

Ainsi, face à des idées générales peut-être trop propices à la simplicité (comme la définition de la paternité), Kore-eda prend-il soin de ne pas trancher, de réserver le droit à quelques scènes de déjouer le filtre de ces idées. D’une manière générale, comme souvent dans ses films, le réalisateur de Nobody Knows refuse de trancher quoi que ce soit, tâche de maintenir l’équilibre entre d’un côté l’observation acérée des replis sombres du comportement social humain, de l’autre le soulagement rapide de cette noirceur par le recours – sur le plan de la forme et de la musique choisie – à un sentimentalisme peu bruyant mais palpable censé triompher de ce qui empèse l’âme humaine. Cela donne ici un film dans l’ensemble pas toujours égal, pouvant donner une impression d’inaboutissement, mais où ces moments de lucidité sans cruauté mais sans complaisance sont assez rares et précieux pour qu’on en sache gré au cinéaste et qu’on ne soit pas indifférent à son travail.

 

 

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