Film de Giuseppe Tornatore (Italie – 2013 – 2h11) avec Geoffrey Rush, Jim Sturgess et Sylvia Hoeks….

 

– Film proposé en Version Originale Sous-Titrée


the best offer affiche uneVirgil Oldman (Geoffrey Rush) est un commissaire priseur de renom. Véritable institution dans le milieu de l’art et misogyne assumé, il n’a de relation intime qu’avec la collection de tableaux qu’il a su constituer secrètement au cours des années. Personne ne le connaît vraiment, même pas son vieil ami marchand d’art Billy (Donald Sutherland). lorsqu’une cliente (Sylvia Hoeks) lui demande une expertise mais n’accepte de lui parler qu’au téléphone, Virgil est piqué de curiosité et ne peut se résoudre à laisser tomber l’affaire. Quand il la voit pour la première fois il tombe violemment sous son charme.

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Le cinéma de Giuseppe Tornatore ne cesse de nous surprendre dans les différents genres qu’il aborde. Celui qui s’était fait remarquer jusqu’en Amérique avec Cinema Paradiso à la fin des années 80, n’a pas perdu de sa perspicacité cinématographique, avec son dernier long, The Best offer, qui est une proposition de cinéma visuellement époustouflante, épousant les mystères du cinéma de fantômes espagnol, l’audace froide des œuvres italiennes de Paolo Sorrentino et la sinuosité du cinéma hichcockien…

Vibrant hommage à son pays dans sa représentation grandiose de l’art qui est présent de façon névrotique à l’écran (le personnage principal fait office de ponte parmi les commissaires priseurs), Tornatore, dans sa volonté de perdre le spectateur dans les noirceurs de mystères insondables, semblerait presque vouloir provoquer un sentiment d’oppression ou de vertige de Stendhal tant le poids des décors qu’il sublime, constitué de toiles et de sculptures, écrase parfois la vision du film.
La beauté des images, toujours élégantes, parfois d’un froid clinique dans le rapport des deux personnages principaux, tourtereaux atypiques, incapables d’aller vers l’autre, en raison de névroses qui les dépassent. Le protagoniste du commissaire priseur ne se sépare jamais de ses gants quand la jeune femme dont il va tomber amoureux et dont il est chargé de s’occuper de vendre l’impressionnant patrimoine, souffre de son côté d’une agoraphobie exacerbée qui la cloître dans un palais en décrépitude, derrière des murs fissurés qui laissent apparaître des secrets et des rebondissements qui, dans la seconde partie du film, gâchent un peu l’extase de la contemplation des premiers instants.

Évoquant irrémédiablement Les conséquences de l’amour avec Geoffrey Rush, impeccable, dans un rôle très proche de l’autiste solitaire qu’incarne Toni Servillo dans le célèbre film de Sorrentino, The best offer évolue peu à peu, au fil des rencontres avec l’inconnu. La psychologie des personnages n’est jamais arrêtée et donne lieu à des twists qui ne sont peut-être pas à la hauteur, dans leur buts triviaux, des vertiges provoqués par toute l’introduction du film, mais qu’importe, cette “Grande Bellezza”, sans meurtre et sans tueurs, mais avec de lugubres dissimulations, est un thriller de haute volée qui laisse en tête des souvenirs d’un cinéma d’une ampleur rare, parfois élevé par la musique du revenant Ennio Morricone, que n’aurait pas renié David Lynch s’il avait été italien.

 

Critique “Kritikat.com”

Virgil Oldman porte bien son nom : respectable critique d’art d’un certain âge, au jugement sûr, il vit de sa passion déclarée pour l’art pictural, et de sa passion, plus secrète, pour son antre privée, cabinet de peinture où s’accumulent les portraits de femmes. C’est d’ailleurs sa seule relation avec le beau sexe, jusqu’au jour où une jeune héritière mystérieuse s’attache ses services pour estimer l’héritage laissé par ses parents. Virgil Oldman se rend bientôt compte que la jeune fille habite les pièces secrètes et les passages cachés de la demeure, refusant de sortir – suscitant chez lui une dangereuse fascination.

Ce qui est visible et ce qui ne l’est pas : voilà ce qui préoccupe Giuseppe Tornatore. Comme son protagoniste, il cherche à déchiffrer ce qui se trouve hors du cadre, tente de trouver la certitude figée d’un tableau dans le monde réel, qu’on ne peut pourtant pas si facilement encadrer. L’un comme l’autre devrait pourtant savoir que ce n’est pas si simple : dès le début du film, Oldman découvre un tableau, dissimulé sous des couches centenaires de moisissure – l’image dans le tableau a toujours quelque chose de dissimulé, un arrière-plan, un détail… Toujours de quoi donner corps aux obsessions autocentrées d’un passionné d’art.

Ainsi, la demeure de la mystérieuse jeune fille recèle également ses petits secrets : chambres dissimulées, greniers oubliés, rouages d’une mécanique mystérieuse et fascinante disséminés un peu partout. Lorsqu’ils parviennent à lever les premiers voiles entourant le secret de la demeure, le personnage comme le réalisateur commencent à douter de la sincérité des humains mêmes, via une narration sur le fil du rasoir : est-on dans un traditionnel roman à mystère, ou s’inspire-t-on de la fantasmagorie romantique de Villiers de l’Isle-Adam dans L’Ève future ? Tornatore louvoie, cherchant moins à brouiller les pistes pour embrumer son récit, qu’à s’interroger sur la capacité du cinéma à aborder toutes les facettes du réel.

La demeure grisâtre de la jeune fille est une véritable antre fantastique : grinçante, dévorée par les stigmates du temps, elle est filmée par Tornatore dans la tradition de Poe, et est le lieu de moments de tension feutrés, remarquablement orchestrés. Véritable être avec ses secrets et ses malveillances, la maison s’oppose à l’appartement du protagoniste, impersonnel, protégé – il y a un grand danger pour lui à s’attacher à un autre lieu de vie que celui qui le représente profondément, si solitaire soit-il. Poe encore, dans la présence de la machine : les mystérieux mécanismes qui vont obséder Oldman, certes, mais également la présence d’une machine sociale, humaine – une machination – dont les rouages sont, eux, bien plus finement cachés.

Plus proche de Laurent de Bartillat dans son thriller littéraire et pictural Ce que mes yeux ont vu que de Peter Greenaway, Giuseppe Tornatore n’est pas obsédé par la peinture et ses codes, comme le réalisateur de La Ronde de nuit. Son approche est plus volontiers celle d’un feuilletoniste, avec cependant un rythme et une esthétique singulièrement posés – à l’opposé, dirait-on, de l’hystérie délirante de Danny Boyle avec Trance, cousin de ce The Best Offer. En procédant avec circonspection, Giuseppe Tornatore construit un récit qui semble considérer comme profondément vulgaires les effets de manche du récit à surprise. Plus intéressant, lui semble son protagoniste, interprété avec délice par Geoffrey Rush, et ses mécanismes intimes. Fable amère sur l’espoir et l’idéal, The Best Offer fait preuve d’une retenue et d’une maturité appréciables.

 

 

Pricing table with id of "bestoffer" is not defined.