Film de Ritesh Batra (Inde – 2013 – 1h44)

 

Lunchbox affiche def uneIla, une jeune femme délaissée par son mari, se met en quatre pour tenter de le reconquérir en lui préparant un savoureux déjeuner. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Le soir, Ila attend de son mari des compliments qui ne viennent pas.
En réalité, la Lunchbox a été remise accidentellement à Saajan, un homme solitaire, proche de la retraite. Comprenant qu’une erreur de livraison s’est produite, Ila glisse alors dans la lunchbox un petit mot, dans l’espoir de percer le mystère.

 

 

Critique « aVoir-aLire.com »

Auteur de nombreux courts-métrages sélectionnés dans plusieurs festivals, le réalisateur indien Ritesh Batra passe pour la première fois le cap du long avec The Lunchbox qui se pose en rupture par rapport au cinéma commercial de Bollywood. Effectivement, ici point de genre dont on respecterait les règles à la lettre, ni même de numéro musical puisque le cinéaste semble plutôt s’inspirer des œuvres sociales d’auteurs aussi prestigieux que Satyajit Ray ou plus récemment Mira Nair. Ritesh Batra préfère s’attarder sur le quotidien morne de la classe populaire à travers une histoire d’amour épistolaire séduisante, lui permettant ainsi de dire deux ou trois choses importantes sur la société de son pays. Durant le premier quart d’heure, il décrit le système très étonnant des lunchbox qui offre à des milliers d’Indiens l’opportunité de se faire livrer le repas préparé par leur épouse directement à leur travail. Ce boulot qui occupe pas moins de 5 000 livreurs tous les jours est un modèle d’organisation, tant et si bien que rares sont les erreurs de livraison.
Le cinéaste s’engouffre pourtant dans une des brèches du système pour effectuer un rapprochement inattendu entre une jeune femme mariée, cloîtrée à la maison, et un employé de bureau à la veille de la retraite. Par le biais d’une erreur de livraison, les deux êtres qui ne se seraient jamais rencontrés vont peu à peu se lier d’amitié (et plus ?) par une relation épistolaire. Les lettres, dissimulées dans la fameuse lunchbox, sont d’abord laconiques, avant d’être l’occasion pour les personnages d’épancher leur cœur et de soigner le mal qui les ronge tous les deux : la solitude. Si Ritesh Batra n’hésite pas à recourir à l’humour pour faire passer certaines situations, il signe un script d’une rare finesse où rien n’est appuyé. La tonalité d’ensemble est donc celle d’une œuvre assez mélancolique où l’individu apparaît comme négligeable au sein d’une collectivité écrasante (l’Inde est actuellement le deuxième pays le plus peuplé du monde et devrait arriver en tête d’ici une quinzaine d’années).
Sans jamais s’appesantir, l’auteur nous montre avec beaucoup de recul le tourbillon infernal dans lequel sont plongés beaucoup d’Indiens, voués à travailler toute la journée pour parvenir à développer un pays en pleine émergence. Au passage, il égratigne aussi le modèle familial indien et dénonce l’air de rien la condition des femmes, dont beaucoup sont enfermées à la maison pour servir leur mari et leurs enfants. S’immisçant doucement, l’émotion gagne progressivement le spectateur qui est emporté par cette belle histoire, contée avec simplicité et efficacité. Il faut dire que l’ensemble est servi par d’excellents acteurs dont un Irrfan Khan (le conteur de L’odyssée de Pi) tout en intériorité. Venez donc goûter ce mets indien raffiné, vous ne le regretterez certainement pas.

 

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