Film de Ritesh Batra (Inde – 2013 – 1h42) avec Irrfan Khan, Nimrat Kaur, Nawazuddin Siddiqui…

 

Film proposé en VOST

Film Coup de Coeur : tarif découverte : 5 euros

 

 

Lunchbox affiche def uneIla, une jeune femme délaissée par son mari, se met en quatre pour tenter de le reconquérir en lui préparant un savoureux déjeuner. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Le soir, Ila attend de son mari des compliments qui ne viennent pas. En réalité, la Lunchbox a été remise accidentellement à Saajan, un homme solitaire, proche de la retraite. Comprenant qu’une erreur de livraison s’est produite, Ila glisse alors dans la lunchbox un petit mot, dans l’espoir de percer le mystère.

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Auteur de nombreux courts-métrages sélectionnés dans plusieurs festivals, le réalisateur indien Ritesh Batra passe pour la première fois le cap du long avec The Lunchbox qui se pose en rupture par rapport au cinéma commercial de Bollywood. Effectivement, ici point de genre dont on respecterait les règles à la lettre, ni même de numéro musical puisque le cinéaste semble plutôt s’inspirer des œuvres sociales d’auteurs aussi prestigieux que Satyajit Ray ou plus récemment Mira Nair. Ritesh Batra préfère s’attarder sur le quotidien morne de la classe populaire à travers une histoire d’amour épistolaire séduisante, lui permettant ainsi de dire deux ou trois choses importantes sur la société de son pays. Durant le premier quart d’heure, il décrit le système très étonnant des lunchbox qui offre à des milliers d’Indiens l’opportunité de se faire livrer le repas préparé par leur épouse directement à leur travail. Ce boulot qui occupe pas moins de 5 000 livreurs tous les jours est un modèle d’organisation, tant et si bien que rares sont les erreurs de livraison.
© AKFPL
Le cinéaste s’engouffre pourtant dans une des brèches du système pour effectuer un rapprochement inattendu entre une jeune femme mariée, cloîtrée à la maison, et un employé de bureau à la veille de la retraite. Par le biais d’une erreur de livraison, les deux êtres qui ne se seraient jamais rencontrés vont peu à peu se lier d’amitié (et plus ?) par une relation épistolaire. Les lettres, dissimulées dans la fameuse lunchbox, sont d’abord laconiques, avant d’être l’occasion pour les personnages d’épancher leur cœur et de soigner le mal qui les ronge tous les deux : la solitude. Si Ritesh Batra n’hésite pas à recourir à l’humour pour faire passer certaines situations, il signe un script d’une rare finesse où rien n’est appuyé. La tonalité d’ensemble est donc celle d’une œuvre assez mélancolique où l’individu apparaît comme négligeable au sein d’une collectivité écrasante (l’Inde est actuellement le deuxième pays le plus peuplé du monde et devrait arriver en tête d’ici une quinzaine d’années).
© AKFPL
Sans jamais s’appesantir, l’auteur nous montre avec beaucoup de recul le tourbillon infernal dans lequel sont plongés beaucoup d’Indiens, voués à travailler toute la journée pour parvenir à développer un pays en pleine émergence. Au passage, il égratigne aussi le modèle familial indien et dénonce l’air de rien la condition des femmes, dont beaucoup sont enfermées à la maison pour servir leur mari et leurs enfants. S’immisçant doucement, l’émotion gagne progressivement le spectateur qui est emporté par cette belle histoire, contée avec simplicité et efficacité. Il faut dire que l’ensemble est servi par d’excellents acteurs dont un Irrfan Khan (le conteur de L’odyssée de Pi) tout en intériorité. Venez donc goûter ce mets indien raffiné, vous ne le regretterez certainement pas.

 
 

Critique “Critikat.com”

On pourra certainement souligner les similitudes entre In the Mood for Love et The Lunchbox. De fait, les enjeux et la dynamique globale des deux films sont similaires. Cependant, nous sommes ici en présence d’une espèce rare : un film qui s’inspire d’un autre, mais ne le pille pas, qui trouve sa propre personnalité et son propre discours. Car, il faut bien le dire, le réalisateur Ritesh Batra n’a que faire de la préciosité ciselée de Wong Kar-Wai : au contraire, le Bombay de The Lunchbox pétille d’une vie foisonnante et irrépressible.

Déterminé à capturer le monde autour de ses deux protagonistes, Ritesh Batra prend son temps, observe et prend un plaisir manifeste à filmer un quotidien apparemment futile : une terrasse solitaire, une voisine du dessus invisible avec laquelle on communique en criant par la fenêtre, un voisin de bureau au regard lourd… Ses deux personnages sont enfermés dans ce quotidien, dans le rituel, et le réalisateur parvient à en saisir l’essence avec légèreté. Ce ronronnement agréable est aussi l’expression d’une prison : celle de la résignation face aux évènements, qui entrave autant le mûr Saajan que la jeune Ila.

Le fameux échange de lunchbox entre le mari de cette dernière et Saajan devient une liaison épistolaire clandestine : l’occasion de laisser le champ libre à une double voix off – celle-ci serait-elle un moyen de saisir ce que la caméra ne saurait pas capturer ? Ritesh Batra voit plutôt ça comme une opportunité narrative à utiliser. Il parvient à faire résonner ce quotidien qu’il a si bien su saisir, et la teneur idéaliste, rêveuse, des lettres échangées.

Bientôt, on se rend compte que The Lunchbox a fait de nous, spectateur, le voyeur suprême : témoin de l’intimité d’êtres solitaires, lecteurs de leurs lettres par-dessus leur épaule, nous avons depuis longtemps abandonné toute distance, emportés par une peinture précise d’un quotidien qui nous est pourtant exotique. Plus qu’une fine comédie bien troussée et feel-good sur la misère sentimentale, The Lunchbox pointe avec pertinence la solitude absolue des humains. Et, avec la même délicatesse qui préside à son doux regard sociologique, il choisit d’y croire malgré tout – et nous avec lui. La pure magie du cinéma.

 

Critique “La Croix”

Voilà une petite perle qu’il serait bien dommage de laisser filer ! Le réalisateur Ritesh Batra signe ici son premier long-métrage, qui fut dévoilé au mois de mai dernier à Cannes, dans le cadre de la sélection « off » de la Semaine de la critique.

The Lunchbox (littéralement : « le panier-repas ») place au cœur de l’histoire une tradition vieille de 120 ans et toujours très vivante à Bombay, celle des Dabbawallahs qui livrent aux employés et ouvriers, sur leur lieu de travail, un déjeuner le plus souvent préparé, dans la matinée et à domicile, par leurs épouses (ou commandé dans une petite échoppe). Chaque jour, cinq mille Dabbawallahs distribuent environ 175 000 repas, en privilégiant le réseau ferroviaire pour échapper à une circulation infernale, et en se jouant du labyrinthe des rues et immeubles dans chaque quartier de départ ou d’arrivée.

Souvent illettrés, les livreurs utilisent un système de codage spécifique, qui leur permet d’œuvrer avec une efficacité redoutable. Comme le rappelle une des répliques du film, une étude de l’université américaine d’Harvard a calculé que le taux d’erreur de livraison était estimé à une lunchbox sur un million, ce qui place le service des Dabbawallahs au niveau des entreprises internationales considérées comme les plus fiables.

Ila, délaissée par son époux, mère d’une petite fille, entreprend sur les conseils de sa voisine et amie, de reconquérir son mari en mettant tout son cœur et ses talents de cuisinière dans la confection de repas délicieux. Et voilà qu’une erreur, justement, offre à Saajan, comptable public sur le point de prendre sa retraite, de découvrir les saveurs envoûtantes d’un plat qui ne lui était pas destiné.

Jour après jour, le taiseux Saajan, enfermé dans la solitude d’un deuil encore très douloureux, goûte une nouvelle recette, bientôt accompagnée d’un petit message plié en quatre sur le naan…

Originaire de Bombay, Ritesh Batra a su trouver un angle très original pour dépeindre le quotidien de cette ville gigantesque de douze millions d’habitants. Ce qui n’empêche pas The Lunchbox de se parer des charmes d’une jolie fable, culinaire et épistolaire, contant la rencontre improbable de deux solitudes, luttant à pas timides pour dépasser leurs appréhensions. Ce beau film, sensible et délicat, non dénué d’humour, n’a qu’un inconvénient : il risque bien d’inciter les spectateurs, sur le chemin du retour, à faire halte dans un restaurant de spécialités ad hoc.

 

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