Film de Guillaume Brac (France – 2013 – 1h42) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot et Bernard Menez….

tonnerre affiche uneUn rocker trop sentimental, une jeune femme indécise, un vieux père fantasque. Dans la petite ville de Tonnerre, les joies de l’amour ne durent qu’un temps. Une disparition aussi soudaine qu’inexpliquée et voici que la passion cède place à l’obsession.

 

Critique “La Croix”

Maxime, rockeur trentenaire, a connu un beau succès critique avec son dernier album, mais se trouve en mal d’inspiration. Il a fui Paris pour s’installer chez son père, à Tonnerre, ville de Bourgogne où il a grandi. Quand Mélodie, une jeune journaliste en stage dans le quotidien régional, vient l’interviewer, il s’éprend d’elle. Dans ses bras, il retrouve une jeunesse qui s’enfuyait déjà. Mais sa passion tourne à l’obsession et l’entraîne sur des pentes inquiétantes.

Un créateur en panne d’inspiration de retour sur les lieux de son passé où il rencontre l’amour… le sujet n’est pas nouveau. Mais Guillaume Brac le renouvelle avec une revigorante fraîcheur et une justesse rare. Loin de se laisser enfermer dans le tête-à-tête amoureux atypique de Maxime, grand ado vieillissant, et de la jolie Mélodie, il donne de la profondeur à son récit avec la figure paternelle, apparemment aux antipodes.

Les sentiments du fils pour une jeune femme, de loin sa cadette, font écho à la passion vécue par le père vingt ans plus tôt – une écharde douloureuse dans leurs relations, entourée de non-dits et de rancœurs de part et d’autre.

Vieillit-on comme son père ? L’histoire se répète-t-elle de génération en génération ? Maxime refuse cette idée. Le réalisateur brouille les repères en tirant en douceur son film vers le polar, sans perdre totalement de vue la légèreté, l’insouciance initiales. Comme des bulles délicates, éclosent des moments touchants, inattendus, à l’exemple de ce chien sensible à la poésie de Musset ou de cette chorégraphie déchaînée de Maxime qui s’est invité au cours de danse de Mélodie.

Tonnerre doit à la ville bien plus qu’un titre et un décor : de son architecture ancienne et de ses galeries souterraines naît parfois une atmosphère de conte, et de ses environs figés sous la neige un romantisme mélancolique. Hormis ses acteurs principaux, le film est interprété par des comédiens amateurs, tous habitants de la région de Tonnerre ; ils jouent des scènes très écrites, mais si proches de ce qu’ils sont réellement qu’elles semblent prises sur le vif.

Vincent Macaigne incarne Maxime, avec un mélange singulier de douceur fragile et de rage blessée ; Solène Rigot, actuellement à l’écran dans un autre film, Lulu femme nue, lui donne la réplique avec une fraîcheur impertinente et inquiète. Excellente surprise de Tonnerre, Bernard Ménez, dans le rôle du père, apporte au film un bel humanisme et une touche de comédie, tout en retenue et en émotion.

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Repéré par ses nombreux courts et par la distribution au cinéma d’Un monde sans femmes déjà avec Vincent Macaigne, le réalisateur Guillaume Brac passe pour la première fois au format long avec ce Tonnerre qui lui a permis de tourner dans cette petite ville de Bourgogne au charme certain. La présence d’un lac, d’un climat enneigé et de certains lieux marqués par des décors gothiques fait de la ville un personnage à part entière, à tel point que la configuration des lieux semble suivre le parcours intérieur du personnage principal, un rockeur sentimental qui va connaître une terrible déception amoureuse. Alors que les films précédents de Brac se référaient de manière assez évidente aux réalisations de Rohmer et de Rozier, ce premier long semble davantage s’éloigner de ces modèles pour trouver une voie plus personnelle, à mi-chemin entre le film d’auteur à la française et des références aux films de genre, notamment par l’introduction d’éléments tirés du polar. Certains passages de la seconde partie du film peuvent même s’apparenter à des échappées fantastiques qui viennent contredire l’étiquette de réalisme qui colle assez bien à la première heure du long-métrage.

Outre des qualités d’écriture indéniables, Tonnerre bénéficie surtout de la contribution d’acteurs exceptionnels au premier rang desquels l’excellent Vincent Macaigne. Plus intériorisé que dans ses précédentes créations, l’acteur se love dans la psychologie torturée d’un homme qui n’a pas fait le deuil d’un passé chahuté avec son père et qui cherche à se perdre dans une sentimentalité exacerbée avec une jeune fille indécise (convaincante Solène Rigot). On retrouve également avec bonheur Bernard Menez, plus proche ici de ses créations décalées pour Jacques Rozier que de ses malencontreuses expériences dans la comédie Z de la fin des années 70. Il incarne ici à la fois la vieillesse, mais aussi une certaine sagesse qui vise à prendre ce qu’il y a de mieux dans la vie, au lieu de se morfondre dans un passé n’apportant que souffrance et remords. Il est donc à la fois l’élément comique du film (ses récitations des vers de Musset à son chien, friand de poésie, sont à se tordre de rire), tout en étant aussi la voix de la sérénité qui fait tant défaut au personnage principal.

Si l’on peut regretter l’artificialité du passage en forme de polar, sorte de béquille narrative qui n’apporte finalement pas grand-chose en terme de dramaturgie, Tonnerre n’en demeure pas moins une œuvre de grande qualité, portée par une réalisation pointilleuse et une direction d’acteurs impeccable. Ajoutez à cela le cadre charmant de la petite ville de province et vous obtenez un très bon premier long-métrage qui peut être inscrit avec fierté parmi les réussites du renouveau actuel d’un certain cinéma d’auteur français.

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