Film de Roger Michell (Grande-Bretagne – 2013 – 1h33) avec Jim Broadbent, Lindsay Duncan….

 

– Film proposé en Version Originale Sous-Titrée


Un week en d a paris affiche uneUn couple anglais vient à Paris fêter leurs trente ans de mariage. Ils redécouvrent la ville, mais aussi l’humour, la fantaisie, et le plaisir d’être ensemble.

 

 

Critique “aVoir-aLire.com”

Au détour d’un boulevard, à l’angle d’une avenue, un couple se querelle. Leurs chamailleries mesquines ont un goût d’asphalte. Ils s’incriminent l’un l’autre de n’avoir su pallier la course du temps. La Ville Lumière jette une ombre sur les passions fanées d’enfants-adultes. Des décennies auparavant, dans un décor fort semblable à celui-ci, Jacques Brel augurait « Et plus le temps nous fait cortège, et plus le temps nous fait tourment. Mais n’est-ce pas le pire piège, que vivre en paix pour des amants ? »

Nick et Lindsay Burrows, enseignants britanniques, décident de se soustraire à la monotonie de leur quotidien et de célébrer leurs noces de perle au sein de la capitale française. Faute d’avoir insufflé quelque consistance à leur vécu, ils s’y imbibent de fantasmes et de réminiscences biaisées. En prescrivant à leurs vieux jours une cure d’introspection, les époux singent la parade nuptiale de milliers d’âmes seules.
Absorbé par les pas de cette valse désarticulée, le couple sexagénaire rivalise de traits d’esprits. Ils s’échinent dans un combat perdu d’avance, qu’ils mènent avec la hargne du désespoir contre le temps, la société et contre eux-mêmes. Lorsque l’amour flétri, que la fougue s’altère, que la bataille inconsciente pour marquer l’Histoire se solde par un échec, lorsque ni enfants, ni carrière professionnelle ne sauraient combler le vide infini… Que reste-il ? L’autre. On aime à le haïr, sans pouvoir le détester trop.

D’hôtels en restaurants et de bistrots en musées, Lindsay Duncan et Jim Broadbent ravivent les chairs de leurs élans. Sous couvert de dénoncer leurs travers respectifs, ils exposent naïvement la tendresse qui les unit. A travers la pudeur de cadres modestes, Roger Michell prouve que l’affection peut être pour lui autre chose qu’un Coup de foudre convenu, à Notting Hill ou ailleurs. Et l’on se prend à rêver d’amour, le temps d’Un week end à Paris.

 

Critique “Critikat.com”

Curieux film que ce Week-end à Paris. Du réalisateur Roger Michell, on connaît surtout la comédie romantique Coup de foudre à Notting Hill, délicieuse sucrerie de 1999 qui marqua l’apogée de l’équipe britannique de Working Title (Quatre mariages et un enterrement, Love Actually). Du pitch et de la bande-annonce, qui nous montre un couple de sexagénaires anglais venus dans la capitale française pour fêter leur anniversaire de mariage et régler quelques non-dits, on peut deviner une comédie so british pleine de bons mots et de situations rocambolesques sur fond de jolies images de cartes postales. Le film, en réalité, est un tout petit peu de tout cela (du moins dans son premier tiers) et surtout beaucoup plus.

Le spectateur averti ne se sera pas laisser duper et quelques indices lui auront mis la puce à l’oreille. Roger Michell s’est distingué avec quelques catastrophiques nanars calibrés pour des vedettes en goguette (Dérapages incontrôlés en 2002 avec Ben Affleck et Samuel L. Jackson, Morning Glory en 2010 avec Harrison Ford et Rachel McAdams, Week-end royal en 2013 avec Bill Murray), mais le public connaît moins ses collaborations avec les écrivains Ian McEwan (pour le surprenant Enduring Love, avec Daniel Craig, en 2004) et surtout Hanif Kureishi, qui a signé les scénarios du beau et méconnu The Mother en 2003 (dans lequel Daniel Craig couchait avec la mère de sa compagne) et du plus académique Venus (2007). Kureishi, auteur de beaux romans comme Le Bouddha de banlieue, Intimité (qui servit d’inspiration à Patrice Chéreau pour son film homonyme) ou Le Don de Gabriel, est également le scénariste de ce Week-end à Paris mélancolique et tendre, et la collaboration entre la douceur caressante du cinéaste et la plume acerbe et désenchantée de l’écrivain trouve ici une forme d’apogée, dont on se délecte à chaque scène.

L’histoire est simple comme bonjour : Nick et Meg Burrows (Jim Broadbent et Lindsay Duncan, tous deux formidables) débarquent à Paris pour quelques jours d’escapade en tête à tête. La petite soixantaine, ils sont là pour célébrer leur anniversaire de mariage et s’échapper d’un quotidien un peu morne. Leur fils est un loser, leur sexualité est en berne et Nick, prof à l’Université, a de sérieux problèmes au boulot. Meg, elle, a envie de s’amuser un peu : pas question de croupir dans le vieil hôtel dénué de charme que Nick a réservé, direction la suite d’un palace avec vue sur la Tour Eiffel. Passée une escapade en taxi qui permet au réalisateur d’évacuer en une poignée de plans les principaux monuments de la capitale, le film délaisse très rapidement les aléas du dépliant touristique de prestige tendance Minuit à Paris pour se recentrer sur les tourments existentiels d’un couple en pleine crise, façon Maris et Femmes (histoire de filer la métaphore allénienne jusqu’au bout).

Si le film est souvent drôle, c’est d’un humour âpre et cinglant ; mais la prouesse des beaux dialogues de Kureishi est de ne jamais verser dans le règlement de comptes spectaculaire à base de jeux de mots vachards et autres mesquineries sordides. Il y en a bien quelques-uns, mais le scénariste, le réalisateur et les deux comédiens parviennent à rendre palpable l’immense amour qui lie ces deux personnages et, surtout, la complexité d’une relation de plus de trente ans. Le film s’amuse à perdre le spectateur dans les méandres d’un affrontement qui n’en est pas vraiment un : il ne s’agit pas ici de s’amuser à compter les points, mais plutôt de comprendre ce qui unit et désunit ce couple, de remonter le fil de leur histoire commune et d’en regarder chacune des facettes sans artifice. Les deux acteurs excellent à jouer le superbe mépris dont font preuve ces sexagénaires en défiant les affres de la vieillesse malgré les rappels du corps et du temps : ici, un genou qui faiblit ; là, une sexualité désirée crûment et refusée encore plus méchamment… pour être provoquée plus sadiquement encore. Un jeu du chat et de la souris, mélange improbable de manipulation et d’innocence qui n’exclue pas une bouleversante tendresse et une folle envie de défier la bienséance (voir cette scène hilarante dans laquelle nos deux tourtereaux bien sous tous rapports s’amusent à jouer à « resto basket » dans un restaurant très haut de gamme).

Les retrouvailles du couple avec un ami de longue date à la soixantaine flamboyante (Jeff Goldblum, assez génial en écrivain pompeux) entraînent le film sur une voie encore plus étonnante, culminant lors d’une longue scène de dîner étrange et fantasque dont le climax ne manque pas de panache. On pense alors à Frantic ou La Femme du Ve, ces films où Paris cesse d’être un cliché permanent pour devenir un réservoir d’angoisses et de frustrations, propice aux rencontres inopinées et aux situations étranges. Michell ne lâche jamais le fil de son couple, ni trop près ni trop loin d’eux, toujours juste dans son regard, déroulant cette grande balade parisienne comme un morceau de jazz tour à tour mélancolique et joyeux. Fidèle à cette image, la dernière scène s’amuse du désir du couple de ne plus quitter la ville et de notre envie de ne pas les voir remonter dans le train. Quelques pas de danse, un troquet parisien tout ce qu’il y a plus de commun, deux verres de blanc, et le charme infini d’un amour toujours léger malgré le temps qui a passé : ce Week-end à Paris est une divine surprise.

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