Film de Bryan Singer (Etats-Unis – 2013 – 2h12) avec Michael Fassbender, James Mcavoy, Jennifer Lawrence….


X-Men-Days-of-Future-Past-Affiche-France-Finale uneLes X-Men envoient Wolverine dans le passé pour changer un événement historique majeur, qui pourrait impacter mondialement humains et mutants.

 

Critique “Les Inrockuptibles”

Jamais, peut-être, un blockbuster destiné majoritairement à un public adolescent ne s’était ouvert dans un tel climat de saccage. Sur une terre annihilée, réduite à une montagne de cendres jonchée de cadavres et de crânes évoquant l’apocalypse de Terminator, le nouvel épisode de la saga X-Men débute par un massacre : un affrontement entre les mutants et des robots sentinelles, qui s’achève par la mort brutale de chacun des héros.

Ces images, dont la déflagration inouïe retentira sur tout le film, indiquent bien le nouveau chemin emprunté par Bryan Singer, de retour aux commandes de la franchise : avec lui, X-Men devient une tragédie plus grave et plus amère, le grand mélodrame mutant qui manquait encore à la série.

Situé dans un futur lointain, X-Men – Days of Future Past met en scène un monde ravagé, où le Professeur Xavier et ses acolytes mènent une guerre contre des robots créés pour annuler leur pouvoir. Une seule issue s’offre alors aux superhéros : renvoyer Wolverine dans le passé, direction les années 70, pour empêcher l’invention des machines meurtrières.

Comme dans le précédent volet, la reconstitution d’époque est l’un des charmes pop du film, qui déploie un même esprit de bande très Mission: Impossible et découvre de nouveaux personnages, dont l’ultrarapide Quicksilver, au centre de l’une des scènes d’action les plus sophistiquées de la saga.

Mais la légèreté du pastiche seventies est ici contrariée par la noirceur du film, par la menace d’une catastrophe qui pèse sur ses héros mutants, dont le souci est moins de s’accommoder à leur pouvoir (c’était l’axe teen-movie du précédent volet) que de les sentir disparaître.

Ce sentiment de perte qui travaille tout le film, Bryan Singer le traduit par une idée formelle simple et merveilleuse, selon laquelle la fin des pouvoirs des mutants coïncide avec la fin du numérique. Dans deux scènes, qui ouvrent et clôturent l’épisode, un déferlement d’effets spéciaux et de couleurs laisse ainsi place à des plans nus, vides de toute présence, comme des trouées mélancoliques à l’intérieur d’un blockbuster singulier et gracieux.

 

Critique “aVoir-aLire.com”

En une semaine se succèdent Godzilla et X-Men : Days of Future Past, deux productions qui s’opposent sur tous les points, tout en essayant de rallier un public large. Le premier est un produit de marketing, qui vend une icone préhistorique aperçue 10 minutes dans un film à la gloire d’effets spéciaux tonitruants, détruisant de façon systématique toutes velléités psychologiques ; le second est un blockbuster total, chef d’oeuvre du genre, avec son lot d’effets spéciaux époustouflants qui ne préexistent jamais sur la psychologie des personnages, puisqu’il est difficile de faire exister davantage des super-héros dans une production de ce genre où les images de synthèse ne viennent que renforcer leurs tourments…
Leur lutte pour la survie de leur évolution, leur combat pour le droit à la différence, sujet cher au cinéaste Bryan Singer, servent de matrice à une oeuvre sombre, qui démarre sur les chapeaux de roues, avec les images douloureuses d’un génocide mutant. On se situe donc loin des scènes de psychologie guimauves de Godzilla où le héros est un militaire, son épouse une infirmière (sic), avec autour deux, régulièrement, des enfants pour niveler le spectacle vers le bas, à savoir un public familial peu exigeant, auquel X-Men ne veut pas se vendre de façon aussi schématique…

Oubliés donc les deux Wolverine maladroits dont ont accouché la Fox et Marvel à l’écran. Hugh Jackman reprend du service pour de bon, en “terminator” envoyé du futur pour corriger la vengeance fatale de Mystique (la mutante protéiforme jouée par Jennifer Lawrence), en l’occurrence un meurtre commis sur un assassin de Mutants, qui va précipiter une guerre sans pitié contre l’espèce d’humains évolués que représentent les mutants. On en découvre notamment les terrifiantes conséquences lors d’une impressionnante séquence d’introduction, où une poignée de mutants sont regroupés, parmi lesquels Tornade, Magneto et Professeur X, tous sur le point d’être éradiqués définitivement de la surface d’un monde de ténèbres, jadis baptisée “Terre”… Le ton est immédiatement donné. Celui d’un miracle artistique dans un genre bouffé par l’esbroufe (Man of Steel) et torpillé par le second degré (la plupart des Marvel, notamment les Iron Man).
Si le réalisateur Bryan Singer revient aux commandes d’une série qu’il propulsa avec deux premiers numéros de qualité, et si l’on croise quelques stars de la première franchise, notamment Tornade/Halle Berry (finalement assez peu exploitée ici), l’on se retrouve surtout face à la suite logique du brillant X-Men : le commencement. Singer se refuse à faire table rase du travail remarquable de son prédécesseur, Matthew Vaughn, et poursuit les efforts de reconquête d’une franchise vraiment mise à mal par un 3e volet médiocre (X-Men l’affrontement final) et des spin-off pathétiques. On y retrouve le même goût pour l’aventure historique, l’action épique, l’émotion pure et saine, et surtout des enjeux personnels et psychologiques qui imprègnent les images d’une dimension inédite. Singer ne cherche par conséquent jamais à copier dans le ton la réussite de la trilogie du Dark Knight par Nolan… Son X-Men vole de ses propres ailes, loin du schéma simpliste des Avengers, rabâché au cinéma depuis trop longtemps, ou de la stérilité adolescente des derniers Spider-Man.

Gagnant sur tous les tableaux, à l’exception de quelques décors du “futur” un peu ringards, et délivrant de vraies scènes d’anthologie (la libération d’Erik d’une prison du Pentagone offre un effet de bullet time bluffant, on n’oubliera pas non plus la séquence parisienne !), X-Men : days of Future Past est la réussite adulte que l’on n’osait plus attendre dans le blockbuster estival hollywoodien. Le glamour sixties de Jennifer Lawrence est surtout infiniment sexy, Jackman peut enfin déployer tout le charisme inhérent à son personnage culte forgé dans la souffrance, James McAvoy et Michael Fassbender apportent de leur côté une maturité essentielle à ce spectacle total qu’il nous tarde déjà de revoir… Courez-y, cela vous réconciliera pour de bon avec le grand spectacle américain après quelques années d’embarras pour une industrie basée sur l’ersatz ronflant.

 

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