Film de Jalil Lespert (France – 2013 – 1h46) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne et Charlotte Le Bon…

 

YSL affiche uneParis, 1957. A tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent est appelé à prendre en main les destinées de la prestigieuse maison de haute couture fondée par Christian Dior, récemment décédé. Lors de son premier défilé triomphal, il fait la connaissance de Pierre Bergé, rencontre qui va bouleverser sa vie. Amants et partenaires en affaires, les deux hommes s’associent trois ans plus tard pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent s’apprête à révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.

 

Critique “Le Point.com”

Le jour où Yves Saint Laurent est mort (le 1er juin 2008), Pierre Niney avait à peine 19 ans. C’était un inconnu qui frappait aux portes du cinéma et du théâtre. Aujourd’hui, à 24 ans, il est YSL. La mort de ce dernier ? Il ne s’en souvient pas. L’homme ? Le vague savoir du commun des mortels : “Une silhouette, des lunettes, une élégance, rien de plus.” Aujourd’hui, rien d’YSL ne lui est étranger : la couleur de ses cravates, sa diction un peu précieuse, son dessin, sa façon de toucher les tissus, avec ses mains-araignées… C’est en tombant sur un reportage photo pour Gala que le réalisateur, Jalil Lespert, a pensé à lui : “Je portais des lunettes comme YSL.”

Il n’y a pas que les lunettes. Tout est là : la voix aiguë et cassante de ce myope timide, dégingandé et nerveux qui parlait comme on se dandine, ce corps noué, se dénouant parfois, ce mélange de forte poigne et d’extrême fragilité… Bienvenue, fantôme d’YSL. “En France, dans les biopics, les acteurs ont tendance à dire : “Je n’ai pas cherché à lui ressembler.” Moi, si, j’ai eu envie. Si, à tel moment, ses amis peuvent se dire : “Oui, là, c’est lui”, je serai heureux.” Parmi ces “amis”, il y a bien sûr Pierre Bergé, l’oméga du couple dont YSL était l’alpha. “La première rencontre a été intimidante, stressante. Mais il m’a parlé d’Yves de façon très douce, très pudique. Il m’a raconté des anecdotes, a essayé de me faire comprendre son humour, ses travers aussi, son égoïsme, ses colères…” Bergé n’est passé qu’une seule fois sur le tournage, pour le dernier défilé du film : “Nous tournions là où avait eu lieu ce défilé, à l’Intercontinental. Il y avait 600 figurants, on m’avait grimé pendant cinq heures et je crois que j’ai dû lui faire l’effet d’un fantôme qui resurgit.”

Fils d’une prof d’arts plastiques et d’un philosophe, Pierre Niney a été plongé très tôt dans un bain de culture. Quand on lui dit que pour lui les choses sont allées très vite, il répond qu’elles sont “allées très jeune”. Une tournée dès 17 ans au Meyerhold de Moscou, des bouts de rôle au cinéma (Améris, Guédiguian) comme à la Comédie-Française : “Ma première apparition, en 2010, c’était pour dire : “Madame, Monsieur de Fontenay”, dans “Un fil à la patte”. On apprend l’humilité.” Après deux nominations au césar du Meilleur Espoir (“J’aime regarder les filles”, “Comme des frères”), un succès public (“20 ans d’écart”), il sait que le compte à rebours de la célébrité a débuté. YSL avait explosé à 21 ans. Gageons qu’à 24 ans la gloire devrait aller à Niney aussi bien qu’un costume Yves Saint Laurent.

Inspiré de la remarquable biographie de Laurence Benaïm (1), “Yves Saint Laurent” retrace l’éclosion du génie chez Dior, les débuts de la maison avec Pierre Bergé, puis les années fun et sombres, la drogue, l’errance homosexuelle… Le film repose essentiellement sur la double présence de Niney et de Gallienne (Bergé), qui font revivre de façon touchante la relation très complémentaire entre le génie et le roc. Notons que Pierre Bergé, qui a souhaité le film, n’est pas allé contre certains voiles levés. Le film y gagne en force et en sincérité.

 

Critique “Le Nouvel Observateur”

Retour sur un génie de la mode ? Folle histoire d’amour ? Portrait d’époque ? “Yves Saint Laurent” est tout cela à la fois. Le film de Jalil Lespert débute à Oran, alors que le couturier n’est encore qu’un tout jeune homme, et suit l’ascension du créateur, de ses premiers pas chez Dior à sa propre maison de couture, créée en 1962, avec son associé et amant Pierre Bergé. Il ausculte les hauts et les très hauts de ce visionnaire de la mode, les robes Mondrian en 1965, le premier smoking en 1965, la collection Ballets russes en 1976 – sans rien nier des périodes moins fastes –, réussissant à mêler habilement l’intime et le médiatique, les sentiments et la création, la déchéance et la flamboyance, les névroses et la passion, les coulisses et les podiums.

L’entreprise était un peu folle : comment rendre la liberté du visionnaire que fut Saint Laurent sans égratigner le mythe ? Formidablement soutenu par ses interprètes, Pierre Niney (confondant, vraiment inspiré), et Guillaume Gallienne (parfait de tendresse, d’abnégation, d’intelligence affairiste et d’un brin de brutalité), le réalisateur y est parvenu, n’oblitérant ni la face noire de son sujet (crises de démence, infidélité du créateur, plongées dans l’alcool et la drogue dès la fin des années 1960), ni sa douceur, ni cette extraordinaire propension à dépasser les tabous. Il y a, dans son long-métrage, un côté petite madeleine, tantôt nature et tantôt pimentée au LSD – ces petits buvards qui circulaient dans les soirées des seventies. Un parfum d’enfance. Entre le plaisir presque sensuel qu’on éprouve à revisiter les créations du grand couturier et ces années bénies que furent les décennies 1960 et 1970 s’immisce la folle mélancolie d’un homme dévoré par le travail et rongé par ses démons intérieurs qui regarda filer sa jeunesse sans la vivre vraiment. Un glacis de tristesse qui rend le personnage encore plus touchant

 

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