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La reine des neiges

La reine des neiges

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Film d'animation de Chris Buck et Jennifer Lee (Etats-Unis - 2013 - 1h48)


Séance Ciné-Goûter : Tarif unique : 7 euros ou une place d'abonnement + 2 euros


 

reine des neiges affiche uneAnna, une jeune fille aussi audacieuse qu’optimiste, se lance dans un incroyable voyage en compagnie de Kristoff, un montagnard expérimenté, et de son fidèle renne, Sven à la recherche de sa sœur, Elsa, la Reine des Neiges qui a plongé le royaume d’Arendelle dans un hiver éternel… En chemin, ils vont rencontrer de mystérieux trolls et un drôle de bonhomme de neige nommé Olaf, braver les conditions extrêmes des sommets escarpés et glacés, et affronter la magie qui les guette à chaque pas…
Anna et Kristoff vont devoir rivaliser de courage et d’inventivité pour survivre et sauver le royaume du chaos...

 


 

Critique "Le Parisien"


C’est une vieille partition : dès les premiers courts-métrages animés produits sous sa houlette — « Oswald le lapin chanceux » (1927) ou « Steamboat Willie » (1928) —, Walt Disney insista pour que la musique ait une valeur aussi importante que les images. Un principe qui fut également de mise avec « Blanche-Neige » (1937), premier long-métrage animé du studio, et les suivants.

Pourtant, au fil des années, le studio a eu tendance à lever le pied sur les ritournelles dans ses films, jusqu’à parfois faire carrément l’impasse. Mais « la Reine des neiges », qui sort aujourd’hui en France, marque un retour au dessin animé musical, avec pas moins de huit chansons interprétées par les personnages principaux et secondaires du film. Et quelles chansons! Enlevées, entraînantes et jouées plein pot lors des projections, elles contribuent pleinement à faire de cette histoire de princesses venues du froid un très grand Disney.

« La Reine des neiges » conte le destin d’Elsa, princesse d’un fjord du Nord frappée par une terrible malédiction : tout ce qu’elle touche se transforme en glace. Elle refuse donc tout contact physique avec ses proches, au risque de leur geler le cœur de façon irrémédiable, mais elle va tout de même finir par plonger son royaume dans un hiver éternel. Sa jeune sœur, Anna, va alors entreprendre un périlleux voyage dans les montagnes en compagnie d’un bûcheron, d’un renne et d’un bonhomme de neige facétieux pour tenter de mettre fin à la malédiction.

Adapté d’un conte d’Andersen et de légendes nordiques, le film bénéficie d’un graphisme extrêmement soigné qui colle magnifiquement à son histoire, pour lequel les animateurs du studio se sont rendus en Norvège afin de s’inspirer des costumes folkloriques locaux, des paysages somptueux (fjords, montagnes, lacs…) et des arts décoratifs du pays. Le tout au service d’un scénario qui, s’il est ancré dans le conte traditionnel, s’avère d’une grande modernité grâce à ces deux princesses de choc, aussi impétueuses que têtes brûlées.

Et puis, il y a les fameuses chansons, qui rythment cette histoire sur un tempo endiablé. Le studio a fait appel au duo américain montant de la comédie musicale, Robert Lopez et son épouse, Kristen Anderson-Lopez, compositeurs du musical « The Book of Mormon » qui cartonne actuellement à New York et Londres. De même, pour l’adaptation française du film, le studio a préféré recruter — à l’exception notable de Dany Boon qui interprète le bonhomme de neige Olaf — des chanteurs issus de comédies musicales plutôt que des comédiens pour doubler les personnages. De bonnes idées, qui concourent à faire de « la Reine des neiges » un remarquable dessin animé musical, que Walt Disney aurait entièrement approuvé. Ce qui tombe bien : Walt avait déjà eu lui-même le projet d’adapter le conte d’Andersen à l’écran.


 

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L’apprenti Père Noël et le flocon magique

L’apprenti Père Noël et le flocon magique

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Film d'animation de Luc Vinciguerra (France - 2013 - 1h30)


Séance Ciné-Goûter : Tarif unique : 7 euros ou une place d'abonnement + 2 euros


 

apprenti pere noel flocon affiche uneCette fois, c’est officiel : Nicolas est le nouveau père Noël. Sacrée responsabilité pour un petit garçon de 7 ans !…
Mais à deux jours de sa première tournée, Nicolas doit faire face à une terrible crise : Aux quatre coins du monde, la magie de Noël est en train de disparaître, et c’est lui qui en est la cause !
Car Nicolas a contracté la maladie des enfants qui veulent grandir trop vite : La grande-Personnelose ! Le conseil des anciens pères Noël est contraint de le démettre de ses fonctions de toute urgence. Pour regagner sa place et sauver Noël, Nicolas va devoir retrouver l’innocence, la fraîcheur et l’insouciance de son enfance. Heureusement, « L’esprit de Noël » veille sur le petit garçon et place sur son chemin un calendrier magique ! C’est, pour Nicolas, le début d’un voyage plein de surprises au travers des 24 portes du calendrier.

 


 

Critique "20 minutes"


L’apprenti Père Noël et le flocon magique fait suite à L’apprenti Père Noël qui a réuni plus de 580 000 spectateurs dans les salles françaises en 2010. Luc Vinciguerra y retrouve le jeune Nicolas alors qu’il s’apprête à prendre en charge la fabrication et la livraison des jouets, une besogne phénoménale que le gamin n’est pas encore tout à fait prêt à assumer.

Epaulé par ses coscénaristes Alexandre Révérend et David Freedman, le réalisateur a dû composer avec des contraintes budgétaires comme s’il travaillait en prises de vues réelles. Chaque dessin compte surtout quand on travaille en 2D, méthode d’animation traditionnelle. «Les scènes qui comportent de nombreux personnages sont plus onéreuses que les autres. Comme nous disposions de moins d’argent que pour le premier volet, il a fallu concentrer certaines actions sur un seul décor ou limiter le nombre d’apparitions des elfes du père Noël ce qui nous a obligés à nous nous montrer plus créatifs.»

Toute la partie créative et la postproduction ont été effectuées en France, tandis que décors et animation étaient sous-traités aux Philippines. «Tout faire en France aurait doublé le budget du film. Depuis le début des années 1990, il est courant de travailler avec l’Asie. Internet permettait de communiquer en temps presque réel avec nos collaborateurs philippins». L’esthétique de ce charmant conte de Noël n’a pas souffert de ces paramètres. C’est avec un plaisir égal que toute la famille plongera dans le monde enchanté de Nicolas, de ses elfes taquins et de ses pères Noël retraités tous plus rigolos les uns que les autres.


 

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Angélique (Avant-Première)

Angélique (Avant-Première)

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Film de Ariel Zeitoun (France - 2013 - 1h53) avec Nora Arnezeder et Gérard Lanvin...


 

 

angelique affiche allocine uneLe destin incroyable d’Angélique : une jeune fille aussi belle qu’insoumise, qui trouvera dans son amour pour Joffrey de Peyrac la force de combattre l’injustice et la soumission dans un siècle en proie aux luttes de pouvoir, aux inégalités et à l’oppression…

 

 

Entretien avec Ariel Zeitoun (CommeauCinema.com)



Presque soixante ans après le film de Bernard Borderie, pourquoi avoir souhaité adapter à nouveau Angélique, marquise des anges, le roman d’Anne et Serge Golon ?

C’est un désir qui m’est arrivé par vagues. Je me suis toujours senti proche de La Cour des Miracles qui est un peu le théâtre de mon adolescence. J’ai travaillé la nuit, entre mes 15 et 20 ans dans le « ventre de Paris », dans le quartier des Halles, (où l’une des Cours des Miracles les plus importantes y avait prospéré). Les gens qu’on y rencontrait, l’ambiance qui y régnait m’ont beaucoup marqué et cette proximité que j’ai eu très jeune avec ce milieu m’a forcément mis en sympathie avec celui décrit par Anne Golon et son mari. Mais il y a évidemment d’autres raisons qui m’ont poussé vers cette aventure. Faire un film est une chose à la fois légère et profonde, et les raisons qui nous amènent vers tel ou tel sujet sont toujours nichées au fond de nous mêmes. Chacun de nous est le fruit d’une « histoire ». La mienne (celle de mes parents qui m’a inspiré Le Nombril du monde) a le même point de départ que l’histoire d’Angélique : comme elle, ma mère a été achetée et mariée contre son gré à mon père. Et, comme elle, elle a commencé par refuser cette union. Non, ma rencontre avec Angélique n’est vraiment pas le fruit du hasard.

Comment Anne Golon a-t-elle réagi lorsque vous lui avez fait part de votre désir ?

J’ai d’abord dû battre des montagnes pour la retrouver. Au début des années 2000, Anne, qui était depuis des années en conflit avec Hachette pour essayer de récupérer les droits de ses livres, vivait quasiment cachée et dans la hantise des procès. J’ai fini par la retrouver en Suisse. Anne s’est d’abord montrée très méfiante: elle doutait de la sincérité de mes intentions - Il m’a fallu du temps pour la convaincre.

Justement, pourquoi vouloir en offrir une autre lecture ?

D’abord, je ne peux vous cacher que mon « moteur » principal a été le plaisir ludique de faire un film spectaculaire en costumes, sur une période historique que j’adore, avec action, sentiments, duels, poisons et trahisons. Le plaisir aussi de retrouver les parfums d’enfance, du Capitan à Cartouche, et de m’adonner à cette merveilleuse alchimie de l’Histoire et du romanesque. Mais aussi tout simplement parce que j’ai un questionnement différent de celui des précédents films auxquels j’applaudis par ailleurs. Le point de départ est la raison pour laquelle Angélique se refuse à Peyrac : une femme n’a évidemment pas besoin de raison pour refuser un homme qu’elle n’a pas choisi et auquel elle a même été vendue, même si les mariages de raison, ou d’affaires, étaient traditionnels dans la Noblesse. Angélique est censée refuser Peyrac à cause de sa disgrâce physique, sur laquelle Anne Golon insiste dans son livre : Il y a, écrit-elle, quelque chose d’insoutenable à le regarder. Mais je ne pouvais y croire en voyant Hossein. Il était jeune, beau, il boitait à peine et n’avait, pour seule infirmité, qu’une cicatrice qui ressemble au début à un ectoplasme et qui s’efface d’ailleurs au fur et à mesure du film.

La vision que vous proposez est en effet beaucoup plus nuancée.

Dans mon adaptation, si Angélique refuse le mariage, c’est tout d’abord parce qu’elle a un autre dessein : elle veut retrouver son frère, disparu des années plus tôt. Et la disgrâce physique de Peyrac qui est bien réelle dans mon film, n’arrange évidemment pas les choses. Avec Gérard Lanvin, nous avons joué le jeu. Ses cicatrices ne s’effacent pas, elles marquent sa peau. Il les porte depuis l’enfance à la suite des incidents qui l’ont rendu également boiteux. Mais ce n’est qu’un élément et certainement pas la seule raison du refus d’Angélique.

Oui, en fait, non seulement vous prêtez un projet de vie à Angélique mais vous faites de Peyrac un homme réellement marqué et beaucoup plus âgé que chez Anne Golon.

C’est une liberté que j’ai prise : il me semblait impossible qu’un homme ayant fait plusieurs fois le tour du monde, mené autant de combats et inventé tant de choses puisse être aussi jeune. Il m’a fallu du temps pour comprendre que pour moi, Peyrac, c’est Ulysse, revenant à Ithaque, encore une lecture d’enfance ! Ainsi, avec Gérard, un autre élément venait nourrir l’attitude d’Angélique : celui de la différence d’âge. Et grâce à cela, j’ai commencé à croire au refus obstiné d’Angélique... Mais je n’ai pas fait ce film en réaction. Je l’ai fait pour le plaisir dont je parlais précédemment et aussi parce qu’il me permettait de parler de la différence, celle d’un homme comme Peyrac comparé à ceux qui n’ont jamais souffert. Il me permettait aussi de parler de l’amour, de la naissance de l’amour. Comment la séduction, l’intelligence, peuvent transformer le regard que l’on pose sur l’autre.

Le film développe une dimension profondément humaniste et reprend à son compte certains aspects du livre passés relativement inaperçus à leur sortie.

Oui. Angélique parle des forces du bien et du mal, de la condition féminine, des femmes d’hier et d’aujourd’hui vendues, achetées légalement, de l’éphémère illusion du pouvoir, des destins qui se brisent, des naissances et des renaissances, de la (pré) détermination des êtres, de l’incroyable capacité d’adaptation de l’être humain aux situations les plus inattendues, de la gloire et de la misère, des peuples souterrains, de ceux qui n’ont plus rien et qui rêvent demain de changer le monde. C’est une magnifique histoire d’espoir et d’amour, le voyage rêvé entre le romanesque et la vie, une traversée entre désespoir et rage de vivre, semblable à celle de tant de gens d’hier à aujourd’hui. Angélique et Peyrac, c’est la science face à l’ignorance, c’est l’opposition des pouvoirs, celui qui est inné et celui qui est acquis, Angélique et Peyrac, c’est une force de vie insubmersible, intelligente et belle, dès lors qu’on y porte le bon et juste regard.

Avez-vous consulté Anne Golon pour le scénario ?

Sa fille, Nadine Golon, a écrit un premier traitement qui a permis de nous mettre d’accord sur un cadre. Ce cadre posé, Anne Golon nous a ensuite laissé toute latitude, à Philippe Blasband et à moi, pour revisiter l’histoire à notre manière.

Comment avez-vous travaillé ?

Nous étions conscients de la « fatalité » de trahir les livres ! A partir du moment où nous avons trouvé l’organisation de l’histoire, nous avons cessé de les consulter. Tout en respectant, bien sûr, le substrat de l’œuvre, toute cette masse d’informations indispensable. Mais nous n’avons jamais trahi l’esprit des livres d’Anne Golon. Et si nous nous sommes permis certaines fugues, les personnages d’Anne avaient suffisamment de force pour nous résister. A l’arrivée, Angélique (on pourrait en dire autant des autres personnages) n’est ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre.

Il y a une véritable dimension politique dans la version que vous proposez. Impossible, par exemple, de ne pas penser aux Indignés, quand vous filmez la Cour des Miracles

Oui. A eux et à tous les exclus de la société, tous ces gens qui ne savent plus où aller et se retrouvent d’ailleurs dans les mêmes endroits que les gueux de la Cour des Miracles. En me lançant dans cette aventure, je savais que le sujet n’était pas sans rapport avec les problèmes actuels. Je voulais que le lien se fasse naturellement, sans de lourds discours.

Autre clin d’œil à notre époque, la manière dont vous insistez sur le fanatisme religieux dont Peyrac est une des victimes.

Oui. Le fanatisme, quelle que soit la religion qui le porte, a hélas traversé les siècles. Il est évident qu’on peut faire un parallèle avec ce que nous vivons- et applaudir les auteurs pour la prémonition dont ils ont fait preuve car tout cela était déjà présent dans les livres. Pour autant, je n’ai pas voulu faire un film didactique. J’ouvre la porte : à chacun de creuser si il le veut.

On vous sent, depuis toujours, un penchant pour les films d’époque. En tant que producteur, on vous doit La Banquière, Lacenaire, Chouans ! Jean Galmot...

Truffaut a dit un jour que le cinéma avait cessé d’être poétique le jour où on était passé du noir et blanc à la couleur parce qu’en rendant le quotidien des gens avec la couleur, le cinéma ne faisait plus rêver. Je trouve que les films d’époque apportent la poésie que la couleur ne nous permet plus d’avoir : ils nous apportent une part de rêve. Nous voyons des choses sur l’écran que nous ne pouvons retrouver dans notre vie de tous les jours. Et sans qu’il y ait la moindre préméditation de ma part, il se trouve que la majorité des films que j’ai réalisés sont des films d’époque. Non pas que je ne m’intéresse pas à la mienne mais je trouve qu’ils procurent des émotions différentes.

Parlez-nous du choix de Nora Arnezeder pour interpréter Angélique.

Un ami m’a appelé un jour en me disant : « Ariel, j’ai trouvé votre Angélique ; une jeune fille formidable qui joue dans Faubourg 36, de Christophe Barratier. Allez voir ce film ! » J’y suis allé et je suis tombé d’accord avec lui à une réserve près : Nora était beaucoup trop jeune pour le rôle. Sauf que nous n’avons tourné que quatre ans plus tard. Durant toute cette période, j’ai fait passer des essais à d’autres actrices mais Nora revenait toujours. Elle a un talent et une noblesse naturelle qui apportent énormément au film : Angélique a beau avoir grandi comme un garçon et passé son enfance à courir dans les bois, ce n’est pas une sauvageonne, Il était important pour moi que l’actrice qui l’interprète ait cette distinction. Et je veux lui rendre hommage : c’était un pari fou, artistique et physique. Elle était là presque tous les jours du tournage, elle n’a jamais craqué et a donné le meilleur de ce que j’attendais d’elle.

Gérard Lanvin est formidable dans le rôle de Peyrac. Mais comment avez- vous pensé à lui proposer ce rôle ?

Gérard et moi nous nous connaissons depuis longtemps. Un jour, je confie a Annabel Karouby, son agent, mon envie d’avoir Gérard dans le film – je le voyais alors dans le rôle de l’avocat François Degrez qu’interprète Simon Abkarian. Annabel m’appelle quelque temps plus tard : « Gérard est dans mon bureau, rencontrez-vous ». J’accours, et là, je vois Gérard, magnifique, en costume cravate, peigné, rasé, et je suis séché. Je n’ose pas lui dire que je pense à lui pour Degrez- je n’y pensais plus tant j’étais sous le coup de l’évidence, je lui tends le scénario : « Je ne te dis rien. Lis et on parle après. » Le lendemain, Gérard me téléphone : « Tu penses à moi pour Peyrac ? » Moi. « Evidemment. Qui d’autre ? » C’est exactement comme cela que ça s’est passé. Gérard a incarné Joffrey de Peyrac avec un naturel absolu : il a son intelligence, sa séduction, sa distinction et sa noblesse. Il est toujours dans la maîtrise. A dix jours du tournage, lors des essais maquillage et costumes, lorsque je les ai découverts, Nora, magnifique dans sa robe, et Gérard avec ses cicatrices et ses boitillements, j’ai été bouleversé : ils étaient tels que je les rêvais. Soudain, il n’y avait plus de studio, plus d’acteurs mais deux splendides personnages, débordants de charme et d’émotion.

Parlez-nous des autres acteurs : Mathieu Kassovitz qui joue Calembredaine.

Sa présence relève du pur miracle et est le cadeau le plus extravagant que j’ai reçu au cours de ce tournage. Je considère Mathieu comme un des 3 acteurs phare de sa génération et je rêvais qu’il participe au film mais cela n’avait pas pu se faire. En fait, je n’avais jamais réussi ni à lui parler, ni à le joindre. Quand le tournage a démarré, Ricardo Scamarcio, magnifique acteur italien, était engagé pour tenir le rôle de Nicolas-Calembradaine. Mais quand il est arrivé sur le plateau, nous ne nous sommes plus entendus : je ne lui aurais jamais demandé de renoncer mais c’est lui qui, de lui-même, l’a décidé. Et je n’ai rien fait pour l’en dissuader, une petite voix intérieure me disait : « Il a raison. » Ses scènes commençaient le lendemain, et je me trouvais en face d’un problème insoluble. J’avais une journée pour le remplacer. C’est à ce moment-là que le producteur exécutif, Emmanuel Jacquelin, me lance : « Et pourquoi pas Mathieu Kassovitz ? Je le connais bien, je peux l’appeler...» J’ai juste envie de hurler qu’il va perdre son temps mais je ne sais pas pourquoi, je m’abstiens ! Et deux heures plus tard, il avait Mathieu au téléphone...qui était à Los Angeles et d’accord sur le principe. Et deux ou trois jours après, Mathieu nous a rejoint. Si ce n’est pas un miracle, cela y ressemble, non ?

Au générique, on retrouve également Simon Abkarian dans le rôle de l’avocat Degrez et Tomer Sisley dans celui du marquis de Plessis-Bellière.

Pour Degrez, j’avais envie d’une force de la nature : Simon Abkarian a cette force, c’est un acteur qui apporte une énergie et une lumière incroyables dans son jeu. Et j’aimais la retenue, le mystère et l’élégance de Tomer Sisley dont je suis un fan absolu depuis le début. Il était important que Nora Arnezeder puisse se mesurer à de grands comédiens, comme Gérard, Simon, Tomer ou David Kross, qui interprète Louis XIV. Et puisque je parle du roi, j’en profite pour dire aussi à quel point ce personnage, et tout le contexte historique qui l’entoure, était important et passionnant. La Fronde, la mort de Mazarin, la « prise de pouvoir » par Louis XIV... suivre l’histoire comme un roman d’aventures et avoir un acteur d’un tel talent a été une chance et un plaisir.

Peter Zeitlinger signe la photo d’Angélique. Jusqu’alors, il n’avait jamais travaillé pour un autre cinéaste que Werner Herzog dont il a fait pratiquement tous les films.

Je n’aime pas le faux confort que donnent les habitudes, j’aime les rencontres, les gens nouveaux. J’ai adoré la façon dont Peter et moi nous sommes affrontés dès nos premières conversations. J’ai aimé sa personnalité, ses partis pris insensés, les risques qu’il me proposait. Peter est un fou génial, il a apporté une chose formidable au film en imposant de l’éclairer à la torche : toutes les scènes de nuit et d’intérieurs sont filmées à la torche. La seule condition que je lui avais posée était de pouvoir tourner un maximum d’heures par jour. Et Peter l’a compris.

Quel parti pris de mise en scène aviez-vous en démarrant le tournage ?

Je voulais ne penser qu’aux acteurs, m’attacher à eux, les valoriser, mais aussi les surprendre, et surtout ne pas « montrer de la mise en scène » : que la caméra soit un personnage qui les accompagne sans trop les gêner mais aussi sans qu’ils soient jamais certain de ce qu’elle allait faire. Et puis, je cherchais les ruptures de rythme et mixer des plans fixes, posés, aux mouvements du steadycam. Mais principalement je tenais à donner le plus possible de confort aux acteurs dans le jeu. Le film est sans doute découpé mais au tournage, cela ne se sentait pas trop car j’ai tourné quasi en permanence à trois caméras, chacune d’entre elles prenant le relais de l’autre sans que le jeu s’arrête. Cela permettait aux acteurs de jouer les scènes en continu et donnait encore plus de force à leur jeu.

La scène d’amour est assez pudique.

Je la voulais simplement sensuelle ; que le spectateur ressente le caractère charnel de l’union qui est en train de naitre entre Angélique et Peyrac et qui fait le ciment de leur couple. Que l’on éprouve aussi l’aspect initiatique de ce moment. Ce n’est pas forcément un moment érotique mais profondément amoureux...il ne s’agissait pas d’être provocateur en ce domaine.

Il y a dans Angélique, une mémorable scène de duel.

Il a fallu 2 mois d’entraînement intensif pour y parvenir. C’est une scène qui présentait plusieurs difficultés. D’abord, Gérard Lanvin, n’avait jamais tenu une épée de sa vie, il a dû tout apprendre des règles de l’escrime. Encore plus embêtant, Peyrac, durant ce duel, ne peut pas bouger sa jambe - comment le ferait-il puisqu’il boite ? Il est planté au milieu, il repousse son assaillant à bout de bras mais est incapable de faire dix pas en avant ou dix pas en arrière. Avec Michel Carliez, acteur, maître d’armes et chorégraphe de cascade, il a fallu bâtir un combat autour de cette impossibilité. Le seul moment où Peyrac bouge lui permet de surprendre son adversaire et de lui planter son épée dans le dos. Le reste du temps il est de face, comme une cible exposée.

Le film se termine avec un carton indiquant : « Fin de la première partie ». A quand la deuxième ?

Philippe Blasband et moi l’avons écrite et s’est posée la question de la tourner dans la foulée de la première. J’ai choisi d’attendre. La deuxième partie est très différente de la première : les décors ne sont pas les mêmes- beaucoup de scènes se déroulent à Versailles, l’état d’esprit est différent, les années ont passé et ont changé les personnages. Devenue marquise des anges, Angélique est désormais une femme qui se bat pour sa survie et n’a plus grand-chose à voir avec la jeune ingénue du début. Tourner dans la continuité, c’était courir le risque de rendre les personnages moins authentiques. Tous, acteurs et techniciens, avons convenus de laisser passer un peu de temps, tout en nous tenant prêts.

Les livres se sont vendus à plus de 150 millions d’exemplaires et dans le monde entier. Angélique a-t-il déjà été vendu à l’étranger ?

La Corée, Le Canada, l’Allemagne, La Russie, la Pologne, La République Tchèque, la Hongrie, le Benelux, la Suisse, etc... l’ont déjà acheté. En Russie, les gens raffolent de cette saga ; à tel point que des fausses éditions, des épisodes qui n’ont pas été écrits par Anne et Serge Golon y ont également été commercialisés avec beaucoup de succès.

 



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Casse-tête chinois

Casse-tête chinois

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Film de Cédric Klapisch (France - 2013 - 1h54) avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France...


 

 

casse tete chinois affiche uneXavier a maintenant 40 ans. On le retrouve avec Wendy, Isabelle et Martine quinze ans après L’Auberge Espagnole et dix ans après Les Poupées russes.

La vie de Xavier ne s’est pas forcément rangée et tout semble même devenir de plus en plus compliqué. Désormais père de deux enfants, son virus du voyage l’entraîne cette fois à New York, au beau milieu de Chinatown. Dans un joyeux bordel, Xavier u cherche sa place en tant que fils, en tant que père… en tant qu’homme en fait ! Séparation. Famille recomposée. Homoparentalité. Immigration. Travail clandestin. Mondialisation. La vie de Xavier tient résolument du casse-tête chinois ! Cette vie à l’instar de New York et de l’époque actuelle, à défaut d’être cohérente et calme vient en tout cas nourrir sa plume d’écrivain…

 



 

Entretien avec Cédric Klapisch (CommeauCinema.com)



La première fois où tu as parlé de la possibilité d’une suite et même annoncé le titre Casse-tête chinois, c’était l’année de la sortie des Les Poupées Russes. Tu avais déjà envie de faire ce troisième film?

À ce moment-là oui. Après avoir réalisé L'Auberge Espagnole, je n’avais pas du tout en tête de faire une suite. À l’époque, beaucoup de monde — les acteurs, la production, la distribution voire des spectateurs que je rencontrais dans des débats — me demandait systématiquement si il allait y avoir une suite. Je trouvais ça même assez étrange qu’on me pose tout le temps cette question. Et puis deux ans après la sortie de L'Auberge Espagnole j’ai eu l’idée de l’histoire de Les Poupées Russes et je me suis dit qu’au fond j’avais très envie de retravailler avec les mêmes acteurs. J’avais aussi envie de retravailler cette forme de cinéma assez libre que j’avais mise en place dans L'Auberge Espagnole J’ai mis du temps, mais je me suis rendu compte que moi aussi j’avais envie d’une suite.
C’est à la fin du tournage des Les Poupées Russes, à Saint-Pétersbourg que j’ai pensé que ce serait bien de continuer, et de faire exister un troisième volet... et j’avais même parlé de l’éventualité de l’appeler «Casse- tête chinois». Par contre je savais qu’il faudrait laisser passer beaucoup de temps. Au moins 10 ans, pour que ce projet puisse être intéressant. J’avais cette envie de les voir vieillir, de parler du temps qui passe, du destin, des chemins de vie... L’idée de parcours est importante dans cette trilogie.
Je me doutais que l’étape d’après pour les personnages ce serait d’être parents, que ce serait intéressant de traiter ça. Pour cette raison je me disais aussi que ce serait bien d’attendre que les acteurs aient des enfants dans la vraie vie, notamment Romain. Je n’aurais peut-être pas refait ce troisième film s’il n’avait pas eu d’enfants.

Est-ce que cette envie de faire Casse-tête chinois a interféré parfois avec les films que tu as tournés entre temps?

Non jamais. Parce que le langage de cette trilogie est si particulier qu’il n’y a jamais eu une scène que j’ai écrite pour Paris ou Ma Part Du Gâteau dont je me suis dit qu’elle pourrait fonctionner dans Casse-tête chinois. Cette trilogie des voyages de Xavier est vraiment un projet à part pour moi.

Quand s’est déclenchée l’envie concrète de faire cette suite?

En allant avec Bruno Levy, mon producteur, présenter Ma Part Du Gâteau au Festival de Tribeca à New York. Ça s’est passé de la même façon que pour Les Poupées Russes. L’envie de tourner à Saint- Pétersbourg a donné des idées d’histoires, puis un film. Là, de la même façon, c’est l’envie de tourner à New York qui a motivé ce troisième film. J’ai dit à Bruno à quel point à chaque fois que je revenais à New York j’avais une envie irrépressible de tourner dans cette ville.
Le soir même nous sommes allés diner dans Chinatown et j’ai fait l’association d’idées Casse-tête chinois, Chinatown, New York... et d’une certaine façon ça s’est décidé ce soir-là. New York, c’est la ville la plus métissée, la plus mélangée du monde... Tous les continents sont à New York, toutes les races, tous les cultes. Beaucoup plus qu’à Londres, Shanghaï ou Pékin qui sont déjà des villes très cosmopolites.
Ces trois films, que j’appelle maintenant la «trilogie des voyages de Xavier», racontent comment les gens de cette génération ont eu une vie marquée par la culture du voyage. Aujourd’hui ça se vérifie, les jeunes issus d’Erasmus sont vraiment devenus «citoyens du monde». Ces trois films racontent la génération des gens qui ont grandi en parallèle avec la formation de l’Europe et l’idée de la mondialisation.
Du coup New York qui est la capitale mondiale des migrateurs était un choix justifié. C’est le côté «Hub» qui est inspirant à New York.

Comme Xavier tu es parti à New York pour écrire Casse-tête chinois. Pourquoi ?

Il y a plein de justifications. Aujourd’hui quand je commence un film, je sais qu’un choix de film, c’est aussi un choix de vie. Pendant deux ans ce projet va me fabriquer un quotidien particulier... Au point où j’en étais, après Paris et Ma Part Du Gâteau, j’avais besoin d’aller ailleurs. Aussi pour me confronter à l’idée de faire du cinéma différemment. Aller au États- Unis, c’était une sorte de challenge, une manière de remettre en question ma façon de faire du cinéma. Et ça a été le cas — beaucoup plus que je ne pensais — car les règles de tournage américaines imposent des façons de travailler qui m’ont donné l’impression de faire mon premier film. Là-bas j’ai eu l’impression d’apprendre un nouveau métier.
Donc aller à New York c’était la somme de tous ces désirs. Mais c’était aussi inconsciemment un retour aux sources. Puisque à la manière de Xavier dans L'Auberge Espagnole j’ai été cet étudiant étranger à New York où j’ai fait mes études. New York c’est la ville où j’ai appris à faire du cinéma. Les premières images que j’ai filmées c’est à New York. La première fois où j’ai réfléchi à quel scénario écrire, quelle histoire raconter, c’est à New York... C’est la ville où j’ai appris ma façon de faire du cinéma. Il y avait une sorte de logique à revenir à mon point de départ et à y faire ce troisième volet des voyages de Xavier.

C’était fort émotionnellement ce retour aux sources?

Oui. Il y a eu plein de moments forts. J’avais entre 23 et 25 ans et j’y suis donc revenu 25 ans après mes études. Il a fallu que je réapprenne à connaître cette ville qui n’a plus rien à voir avec le New York des années 80. Parmi les chocs émotionnels, il y a eu le fait que mon fils qui avait 4 ans à l’époque où j’ai écrit le film, a été à l’école dans la même rue où moi j’avais été étudiant dans l’East Village. Le mur de son école touchait celui du café où j’allais régulièrement ! Ce court-circuit dans le temps était super étrange. Et le film s’est nourri de ces court-circuits personnels.
J’ai tourné un des derniers plans avec Romain Duris et Benoît Jacquot qui joue son père, juste après le passage de l’ouragan Sandy. On n’avait pas l’autorisation de tourner mais on a tourné quand même ! Ce plan, je voulais déjà le faire il y a 25 ans, quand je tournais mon court métrage In transit. Sur le moment, tout le monde s’est demandé pourquoi j’allais improviser un plan dans la rue à côté du décor... en fait, ça faisait donc 25 ans que je l’avais en tête ce plan!
Il y a beaucoup de ça dans Casse-tête chinois, c’est un film très nourri par des choses personnelles, étrangement dense, même si ce n’est pas tout à fait ma vie personnelle que je raconte.

Écrire le scénario d’un film très attendu, ça pose des difficultés ?

Oui. Ça met la pression. J’ai écrit la première version de L'Auberge Espagnole en 15 jours. J’ai voulu écrire Les Poupées Russes un peu de la même façon, j’avais envie que le scénario ait le même côté brouillon ou «jeté» comme celui de L'auberge… Je savais que l’idée de la spontanéité faisait partie du projet, et l’écriture m’a pris à peu près trois mois. Dès que j’ai commencé à écrire Casse-tête chinois, j’ai vite senti que je ne pouvais pas et que je ne devais pas faire la même chose. L’idée de la spontanéité, de l’innocence et de la naïveté qui avait été le moteur des deux premiers ne marchait plus. C’était même à proscrire. Et du coup j’ai mis huit mois à travailler et retravailler ce scénario!
Cette difficulté d’écrire le film a sans doute aussi été liée à l’attente des spectateurs dont vous parlez et dont j’étais conscient. Comme c’était le troisième film, je ne pouvais pas utiliser les mêmes ficelles, je devais au contraire fuir mes tics. Paradoxalement parce que c’était le troisième, il fallait que j’invente une nouvelle façon de faire, une nouvelle forme. Très vite, toutes les choses que j’avais un peu en tête durant les huit années qui ont séparé Les Poupées Russes de Casse-tête chinois se sont avérées impossibles à utiliser. L’écriture a été très troublante, très surprenante. Les autres se sont faits sur du «non-travail», sur du plaisir, de l’improvisation, de la légèreté... Là il fallait qu’il y ait du travail, du métier. Ce qui s’est avéré vrai pour moi ou pour les acteurs.
C’est un film où il fallait de l’expérience, de la réflexion, parce que l’idée directrice ce n’est pas la légèreté mais le poids, l’approfondissement des choses. Les premiers étaient sur le côté «chien fou» de la jeunesse. Celui-ci devait affronter l’idée de la maturité.

Contrairement à Les Poupées Russes, on ne retrouve pas ici tous les personnages de L'Auberge Espagnole. Tu as abandonné l’idée de les ramener dans l’histoire rapidement?

Oui parce que je voyais bien que j’avais beaucoup de choses à traiter en deux heures. Il y avait des nouveaux personnages qui arrivaient, notamment les enfants, et du coup à mon grand désespoir j’ai abandonné les autres alors que je voulais vraiment qu’il y ait une notion de famille. J’ai vraiment essayé d’écrire des scènes avec William, Anne-Sophie ou les coloc de L'Auberge Espagnole... ça n’a jamais fonctionné!

Après huit mois d’écriture, on peut supposer que ton envie de tourner était forte...

Absolument. J’avais envie de retrouver ces acteurs et cette façon de parler. Parce que finalement ce qui me plaisait le plus dans l’idée de faire ce troisième film, c’était l’incroyable liberté narrative que me permettait le langage de L'Auberge Espagnole avec la voix-off de Xavier. Je savais que je prendrais du plaisir en retrouvant ça. J’ai l’impression que je peux mettre tout ce que je suis dans ces films, ma schizophrénie intime: j’ai fait des études de philo et j’aime les Marx Brothers alors je peux faire une scène avec Hegel en la traitant comme si c’était du théâtre de boulevard ! Ce côté iconoclaste, ce mélange des genres, m’attirait. C’était ça que j’avais le plus envie de retrouver, en plus des acteurs et du tournage à New York.

Tu avais un parti pris de départ pour filmer New York?

Je savais que, comme dans Chacun Cherche Son Chat, il fallait filmer à échelle humaine, au niveau de la rue, et éviter le côté touristique. Je n’avais donc rien à faire à Time Square, par exemple! J’avais aussi un dis- cours sur la couleur et les cadrages compliqués inspiré par le photographe Alex Webb de l’agence Magnum. C’est pour moi un des grands reporters photographes, un coloriste qui m’a donné des codes visuels sur l’utilisation des couleurs, de la lumière, sur le cadrage, le fait de parler du chaos en complexifiant la composition. Pour moi c’est un maître absolu dans l’art de décrire la vie comme un gros bordel tout en composant ses images de façons extrêmement sophistiquée. Je voulais utiliser ça visuellement parce que pour moi New York raconte le combat de l’ordre et du chaos qui ressemble étrangement aux problèmes de Xavier.
Quand on a parlé de l’esthétique du film avec Natasha Braier (la directrice photo du film) on s’est beaucoup inspiré de ça en définissant aussi des codes couleurs assez précis pour marquer l’évolution de la narration.

Comment se sont passées les retrouvailles avec Xavier/Romain Duris?

Lui comme moi on a mis une semaine à rentrer dans le film. La première journée, on était complètement déphasés. Romain pour se réapproprier Xavier, et moi pour utiliser cet outil (l’équipe de tournage américaine) que je ne connaissais pas. Faire un film avec une équipe américaine de plus de cent personnes, avoir tous les jours vingt camions gigantesques, obéir aux règles draconiennes des «Union» qui m’étaient inconnues... Sinon ça a été aussi fort que d’habitude avec Romain, Audrey, Cécile et Kelly. Le fait qu’ils soient tous devenus des stars fabrique forcément une petite dis- tance mais c’est compensé par le fait qu’on se connaît depuis longtemps. Aujourd’hui ils ont tous un autre statut mais c’est agréable de sentir qu’il y a aussi quelque chose de plus professionnel chez eux. Avant j’aimais le côté instinctif et animal de Romain. Aujourd’hui j’aime son côté plus professionnel, plus mûr, il a un jeu beaucoup plus maîtrisé. Je ne l’ai jamais vu jouer comme ça! Il est sans doute meilleur acteur qu’il ne l’a jamais été!

L'Auberge Espagnole a eu une vraie influence sur la carrière de Romain Duris, mais aussi sur celles des actrices : Cécile De France a remporté deux Césars grâce à son interprétation d’Isabelle ; Audrey Tautou a confirmé son statut de star montante dans la foulée de Le Fabuleux Destin D'Amélie Poulain
Comment as-tu annoncé aux acteurs que tu avais l’intention de faire Casse-tête chinois?


J’ai réuni Audrey, Cécile et Romain il y a deux ans au restaurant et je leur ai dit: «Je pense que c’est le bon moment pour faire un troisième film, est-ce que vous seriez d’accord?» J’avais de vagues idées de scénario, mais je ne savais quand même pas bien où j’allais aller. Par contre, j’avais besoin de savoir s’ils étaient d’accord avant de me mettre à écrire. Ils m’ont avoué qu’ils se parlaient souvent entre eux de cet éventuel troisième film («T’as des nouvelles de la suite? Il t'a appelé toi?»). En fait ils étaient très en attente et je ne m’en doutais pas. Ils ont donc été très contents que je leur propose ce casse-tête… Audrey m’a même dit : «Même s’il n’y a que trois jours de tournage je suis d’accord!» Ils m’ont laissé «carte blanche», ils étaient ouverts à tout ce qui pouvait se passer dans ce scénario. Après je leur ai demandé quand ils seraient libres. Ils avaient tous des projets et des plannings chargés. Il n’y avait qu’un créneau possible à partir de septembre 2012 pendant trois mois. Et du coup, je me suis dit que je devais travailler pour être prêt le 1er septembre. On était en juin 2011.

C’est la première fois que ça t’arrive?

Oui. Sur le coup ce n’était pas super agréable. Mais bon c’était le jeu. Ils sont tous devenus connus, ça faisait partie des choses à accepter en faisant un film avec eux quatre... Au bout du compte, heureusement qu’ils n’étaient pas prêts avant. Ça m’a donné ce temps pour écrire dont j’ai parlé. Ça a aussi été utile pour financer le film, car ça n’a pas non plus été facile.

Malgré le succès des précédents?!

Et oui! Ce n’est pas pour rien qu’on se dit souvent Bruno et moi «Casse-tête chinois le bien nommé»! Ça a été une prise de tête monumentale au niveau de la fabrication, du financement, de l’écriture, du tournage, de la mise en scène... Ça a été franchement très dur et je ne m’y attendais pas du tout au regard du côté spontané et «facile» des deux premiers films!

En plus vous avez subi l’ouragan Sandy pendant le tournage à New York...

Il est arrivé comme une sorte de bouquet final à ce tournage! (rires) Je m’étais dit que quoi qu’il arrive, je n’allais pas m’énerver. Heureusement que j’avais adopté cette attitude parce que plus d’une fois j’aurais pu devenir fou. Quand l’ouragan est arrivé, ça a été le pompon! Dans ces cas-là il faut être «Taï chi»... Votre seule façon de rester debout c’est d’utiliser la force de l’adversaire. Parce que sinon quoi qu’il arrive, cet adversaire est plus fort que vous. Contrairement à ce qui s’était passé avant, je suis revenu à la logique de tournage de L’auberge Espagnole : une camionnette avec une dizaine de personnes au lieu des 20 camions et 120 personnes...! Une cinquantaine de tournages était prévue dans Manhattan la semaine qui a suivi Sandy mais on a été les seuls à tourner, malgré tout. Au final, je pense qu’il y a parmi les plus beaux plans du film dans ce moment magique après l’ouragan!

Quel autre souvenir fort te reste-t-il du tournage de Casse-tête chinois ?

Il y a eu un moment assez difficile pour moi le jour où l’on a tourné la scène de fin — la parade disons — avec toute cette foule new-yorkaise, Romain et les enfants. J’étais super ému, et j’ai dit à une personne qui m’interviewait ce jour là: «C’est bizarre parce que ce n’est pas la fin d’un film, c’est la fin de trois films.» Je n’y avais pas réfléchi avant, c’est presque en le disant que je m’en suis rendu compte... C’était très fort et je crois que Romain l’a senti et que la scène est gorgée de cette émotion. Ça nous dépassait. Ça me dépassait. C’est de plus en plus ça que je cherche dans le cinéma. Être réalisateur et ne plus «réaliser».

C’est facile de proposer à des acteurs, et qui plus est à des actrices, de jouer des personnages plus vieux qu’eux, qui vont avoir 40 ans?

Audrey m’a fait la réflexion en me disant: «Merci Cédric! C’est un super cadeau!» (rires) Mais sinon c’est ça qui est impressionnant chez ces acteurs-là: ce sont des gens qui aiment jouer! Cécile n’est pas homo- sexuelle et elle adore en jouer une; Audrey n’est pas politisée comme Martine et elle adore jouer ça... Ils savent que ce sont des personnages et ils aiment les nourrir.

On reconnaît dans Casse-tête chinois beaucoup d’acteurs vus dans des séries américaines. Ils viennent tous de cet énorme vivier de comédiens new-yorkais. Ça a facilité ton travail au moment du casting?

En fait ça a posé un problème particulier parce qu’ils sont beaucoup à être extraordinaires! À New York on voit vingt acteurs et on se dit qu’il y en a deux qui ne sont pas super... Vous avez alors cet énorme problème... Il faut choisir entre les dix-huit qui sont exceptionnels... Le niveau de jeu est effarant, un mélange incroyable entre de la spontanéité et du professionnalisme. J’avoue que c’est un plaisir assez jouissif pour un réalisateur de travailler avec des acteurs de cette classe.

Comment s’est passée la confrontation avec les acteurs français?

C’était facile. Parce que à ce moment de la carrière de Romain, Cécile ou Audrey, face à eux tout le monde est assez bluffé ! Américains ou pas ! Les techniciens aussi étaient scotchés. À part Audrey, dont ils connaissent la notoriété, Cécile ou Romain, ils ne les connaissaient pas forcément. Et du coup quand ils découvraient la qualité du jeu de Romain ou de Cécile, ils étaient franchement impressionnés.

Dans Casse-tête chinois, on retrouve des personnages secondaires, dont le père de Xavier qui était joué par feu Jacno dans L'Auberge Espagnole, et que tu as remplacé ici par Benoît Jacquot...

C’était super difficile de remplacer Jacno, même s’il n’apparaissait que dans un plan dans L'Auberge Espagnole. J’avais envie qu’il y ait une cohérence physique mais pas seulement. Deux infos étaient données sur le père de Xavier dans L’auberge Espagnole: il travaille dans la finance et, comme Jacno, il a aussi un côté rock’n’roll. Du coup pour trou- ver le remplaçant c’était super difficile. Et je ne sais pas pourquoi, mais au moment de la sortie de Les Adieux À La Reine, je me suis dit que Benoît avait un physique qui pourrait marcher à côté de Romain et j’y croyais pour les aspects «finance et rock’n’roll»... Certes il y avait une inconnue sur sa capacité à jouer... et pour cause puisqu’il n’a quasiment jamais fait l’acteur ! Mais finalement je l’ai appelé un jour et je lui ai demandé : «Benoît, tu accepterais?» Il y a eu un blanc. Et il m’a répondu: «J’accepte si toi tu acceptes de jouer dans mon prochain film.» Du coup j’étais emmerdé parce que c’est un drôle de miroir qu’il m’a tendu... Mais je trouvais ça intéressant que le père de Xavier soit joué par un réalisateur, alors du coup j’ai dit oui. Et il a dit oui.
Et donc tu seras dans le prochain Benoît Jacquot !
Ben donc il en est question! Mais j’espère qu’il a oublié... (rires)

As-tu revu L'Auberge Espagnole et Les Poupées Russes avant le tournage de Casse-tête chinois?

J’ai revu L'Auberge Espagnole pendant que j’écrivais le scénario. Ça a été très utile parce que moi, en général, je ne revois jamais mes films. Et là pour la première fois je voyais un de mes films comme un spectateur. Du coup j’avais du recul, je ne l’ai pas vu comme une sorte d’album de photos de famille. J’ai vu que c’était plus drôle que je ne le pensais, et du coup j’ai compris ce que les gens avaient aimé dans ce film... J’ai bien aimé la légèreté proposée par le film, la créativité, le côté pétillant. Je me suis dit qu’il ne fallait pas avoir peur d’aller à nouveau vers ça. Après, comme je l’ai raconté... le chemin de l’écriture ne m’a pas forcément mené au même endroit. À cause de l’âge. Je me suis rendu compte en écrivant Casse-tête chinois que c’est l’histoire d’un mec de 40 ans! Xavier n’est plus le chien fou ou l’ado immature qu’il était à 25 ans, il est plus profond, plus responsable... il y a un côté moins foutraque. Donc c’était intéressant de revoir L’auberge Espagnole pour finalement ne pas beaucoup suivre cet exemple. Certes il y a des échos, des correspondances affirmées, mais c’est juste pour montrer que Xavier a changé. Quand il débarque à New York chez Isabelle et qu’il dort sur le canapé, c’est pour dire: «non ce n’est pas pareil de dormir chez des amis sur un canapé à 40 ans et à 25.» C’était ça qui était intéressant: pourquoi la vie nous amène ailleurs? Pourquoi ce film-là m’amène ailleurs?

Il y a eu un plaisir à reprendre certaines scènes des films précédents pour les détourner?

J’avais très peur de «refaire» et de «passer derrière». D’autant qu’il y a beaucoup d’exemples de suites ratées, surtout quand on aborde un 3. J’avais cette peur-là. Je me disais que c’était facile que ce soit raté et il a fallu que je lutte contre ce «syndrome du 3».
En revanche, quand il y avait des correspondances assumées, comme lors de la scène de la visite de l’immigration à la fin, j’étais conscient de «pomper», de passer derrière. Sauf qu’à force de la travailler, je sentais que cette scène s’enrichissait et donc s’éloignait de la référence de L'Auberge Espagnole. Je pense qu’à la fin elle est plus complexe, plus approfondie. C’était aussi ça le plaisir de faire Casse-tête chinois. Quand je regarde cette scène aujourd’hui je n’ai plus la crainte d’avoir copié. Je me suis inspiré, c’est sûr, mais je suis allé ailleurs. Ce qui est valable pour tout le film, qui n’est pas juste une suite, c’est un autre film.

Tous ces changements, le statut de tes acteurs, la chef opérateur, la monteuse, les États-Unis... t’ont-ils permis de retrouver une fraîcheur?

C’est totalement paradoxal mais c’est totalement vrai. Je me suis un peu retrouvé moi-même en allant ailleurs. J’avais besoin de ça. D’une sorte d’électrochoc. D’aller voir loin, de réapprendre à faire du cinéma autrement, de bouger mes repères... Et de fait le film est redevenu plus personnel.

Tu penses que tu étais enfermé dans l’image que les gens, le public, ont de toi?

Sans doute... La seule chose c’est que, à l’exception de ces trois films qui se suivent, à chacun de mes films, j’ai toujours essayé de changer de style. Quand j’ai fait Ni Pour, Ni Contre (bien Au Contraire), c’était très clair, idem avec Peut-être
J’ai des envies et je vais au bout de mes envies. Des fois je suis en phase avec le public et des fois non. J’aime ce que disait Truffaut sur le fait d’alterner des films destinés au grand public et des films plus personnels... Je trouve ça dangereux d’aller uniquement dans le sens des attentes du public. On a besoin d’aller vers sa propre créativité, avec des sursauts, des choses bizarres.
En plus la plupart du temps on se plante. Truffaut a fait certains gros succès avec des films qui n’étaient pas ouvertement pour le public et le contraire est aussi vrai... Alors c’est vrai qu’en faisant Casse-tête chinois, je vais dans le sens d’une attente — et ça me fait peur — mais ce qui me rassure c’est que le film est plus surprenant que ce qu’ils attendent (rires).

L’attente est énorme. On l’a vu lors de la présentation du film en ouverture du Festival d’Angoulême avec les 4000 personnes qui faisaient la queue pour découvrir Casse-tête chinois...

C’était dingue! Ça a été super fort... Et c’était beau parce que ce n’était pas moi, ni même les acteurs qu’ils voulaient voir : c’était Xavier, Isabelle et Martine ! Il y a maintenant comme une réalité de la fiction. Si j’ai réussi une chose dans ces trois films c’est ça ; d’avoir fabriqué cette réalité : Xavier est devenu un de leurs amis. C’est fort parce qu’on est entré dans la vie des gens. On partage tous ce goût du feuilleton, comme pour cet engouement pour les séries actuelles : «T’as pas vu la saison 5 ???? Je te dis rien faut que tu vois ce que devient machine...». C’est génial d’avoir rendez-vous avec des personnages. Mais cette attente-là pour Casse-tête chinois, je la sépare de moi parce que je n’en suis presque plus responsable. C’est quelque chose qui se passe entre le public et les acteurs, ou plutôt les personnages. C’est pour ça que cette avant-première à Angoulême était très émouvante: pour l’envie des gens de voir la suite. Et avoir ce contact physique avec le public, c’est une des choses les plus émouvantes quand on est réalisateur.

Tu as déclaré il y a quelques années : «J’ai fait des bons films, mais je n’ai pas le sentiment d’avoir fait un grand film.» Tu es toujours aussi critique à l’égard de ton cinéma, malgré ce rapport avec le public?

Oui... Même si je suis bien obligé d’accepter qu’il y a un truc réussi dans mon rapport avec les spectateurs. Mais ça n’a rien à voir avec le fait de faire du cinéma. Parce qu’il y a plein de réalisateurs, à commencer par Godard, qui ont fait du cinéma sans pour autant faire des millions d’entrées. Il n’y a pas de rapport entre les deux. Je peux les citer mais je ne peux pas me comparer à Woody Allen, Kubrick, Hitchcock, Truffaut, Kurosawa, Scorsese...
Je ne me sens pas dans la même catégorie. Je me dis que je n’ai pas fini d’apprendre, que je n’ai pas fini de réussir quelque chose... Je peux avoir des satisfactions évidentes par rapport à ma carrière, aux onze films que j’ai réalisés, juger qu’il y a quelques scènes réussies ici ou là, mais j’estime toujours que je n’ai pas fait un grand film. Mais, bon faites gaffe, c’est pas impossible que ça arrive un jour! (rires)

La question à laquelle tu ne vas pas échapper est bien évidemment : «Y aura-t-il une suite à Casse-tête chinois

A priori je dis non, je présente beaucoup le film comme étant la fin d’une trilogie. Je pense que ce serait une erreur d’en faire un quatrième. Après c’est tellement impossible de savoir qui je serai dans 10 ans... Et peut-être que j’aurai une super idée pour faire une suite... Qui sait ce qui se passera dans 10 ans...?



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Hunger games – l’embrasement

Hunger games – l’embrasement

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Film de Francis Lawrence (Etats-Unis - 2013 - 2h26) avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth...


 

 

Hunger games 2 affiche uneKatniss Everdeen est rentrée chez elle saine et sauve après avoir remporté la 74e édition des Hunger Games avec son partenaire Peeta Mellark.
Puisqu’ils ont gagné, ils sont obligés de laisser une fois de plus leur famille et leurs amis pour partir faire la Tournée de la victoire dans tous les districts. Au fil de son voyage, Katniss sent que la révolte gronde, mais le Capitole exerce toujours un contrôle absolu sur les districts tandis que le Président Snow prépare la 75e édition des Hunger Games, les Jeux de l’Expiation – une compétition qui pourrait changer Panem à jamais…

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


L’intelligence et la réflexion sombre sur la guerre, les manipulations, l’empathie étaient déjà au centre du judicieux et très abouti La stratégie Ender. Avec Hunger Games, on remet les couverts. Exit le survival adolescent intimiste qui émanait des images de série B du premier volet. Arborant plus de 690M$ de recettes dans le monde, l’essentiel aux USA (400M$), la première adaptation de Suzanne Collins peut s’offrir cette fois-ci un budget conséquent, des effets spéciaux anoblis et une forte empreinte esthétique qui ne trahit jamais le parti pris naturaliste du film de Gary Ross. Francis Lawrence aux manettes (le chichiteux réalisateur de Je suis une légende, De l’eau pour les éléphants), on pouvait redouter un style ampoulé, opposé à la simplicité touchante des premières pierres posées. L’apport esthétique est bien réel, mais il n’est en rien une trahison aux idées premières de la saga, puisque le film s’inscrit dans la lignée directe de son prédécesseur, avec une structure identique .



Hunger Games commençait par une séquence de chasse forestière, se développait en préparatifs d’un show télévisé bling bling pour se poursuivre en jeu de télé réalité sauvage, avec une chasse à l’homme filmée, assez violente pour un teen movie. En toute fin, se levait la promesse d’un embrasement politique, quand les opprimés croient reconnaître en la grande gagnante des jeux de la mort, Katniss, le leader potentiel ou du moins le symbole inespéré d’une rébellion contre un pouvoir dictatorial qui se nourrit du labeur du bas peuple divisé en sections qui n’ont en aucun cas le droit de communiquer entre elles. Le second segment, démarre de la même façon, avec des scènes qui font toujours écho au premier film : il s’agit de répéter les traumas d’une guerre aux conséquences psychologiques indélébiles pour la gagnante Katniss. On suit donc, des chemins narratifs assez semblables mis en exergue par une mise en scène vraiment impressionnante de beauté et d’efficacité. La copie de l’originale est ainsi évitée, a priori, par la prestance de la réalisation, à la fois fidèle mais plus puissante, plus belliqueuse, alors que même sur un plan politique, rien ne bascule vraiment, "l’embrasement" n’est qu’un titre... une parade pour alimenter le suspense et nous préparer à davantage de chaos. Hunger Games serait-il alors déjà en mode reboot ? Ne serait-ce pas là qu’une relecture friquée du premier opus ? Loin de là !


Si les premières minutes peuvent encore ennuyer, ce qui était le cas du premier chapitre qui était longuet, si l’on est encore accablé par la présence fade de Liam Hemsworth, au personnage romantique insipide digne d’un Twilight (d’ailleurs cette figure ressasse l’idée d’une hésitation sentimentale entre deux hommes pour l’héroïne), on comprend très vite où l’auteure et le réalisateur veulent en venir. Le scénario malin égraine intelligemment ses indices, jette des pistes, ouvre des portes et des perspectives d’un réel éclatement du système totalitaire. Dans un jeu de miroir où le double meurtrier n’est pas forcément celui que l’on croit, la manipulation opère et ose le rebondissement sur un pitch pourtant identique au premier. La fronde, la rébellion, est bien là, elle est latente, pesante, alors que la tyrannie agite encore sa main de fer, celle du fouet et des armes qui éradiquent la moindre saillie.





Hunger Games : l’embrasement prépare donc le boulot pour un final qui sera exploité en 2 films, mais en tant que segment transitoire, il se révèle nettement plus passionnant que son prédécesseur. Francis Lawrence muscle vraiment la réalisation, lui donne une race ; elle se fait magnifiquement l’oracle d’une tragédie, celle de l’oppression sur le peuple évidemment, d’un sacrifice individuel face au devoir collectif. Le sentiment d’injustice est prégnant face aux tours détestables du président Snow (Donald Sutherland), prêt à tout pour annihiler le symbole de rébellion potentiel que représente Katniss, y compris à altérer cruellement les règles du jeu de la mort pour l’y catapulter une seconde fois... L’anti-héroïne Katniss, intelligemment jouée par Jennifer Lawrence est froide, surtout animée par la rage, celle de vouloir défendre sa famille. Héroïne malgré elle... Élue malgré tout. Sa force virile de chasseuse née ne lui ôte nullement sa sensibilité et son sens de l’empathie qui est communicatif et nécessaire à sa survie et à la connivence du spectateur. Son calvaire, c’est d’abord celui des autres qui passe par son regard, ses sentiments naissants pour Peeta, personnage a priori plus faible de caractère, avec lequel elle forme un faux couple, en début de film, pour sauver sa peau aux yeux du capitole, la rend toujours plus remarquable d’humanité et donc plus tragique dans ses choix douloureux. Elle voit désormais la mort partout, ; le poids des cadavres laissés derrière elle est un lourd tribut à sa victoire. Cette destinée qui s’obstine à s’imposer à elle et qu’elle refuse de prendre à bras le corps, pendant tout le film, évoque celle d’Harry Potter qui doit très tôt se préparer au combat contre Voldemort et prendre conscience des desseins qui sont les siens, quelque-chose qui le dépasse pour s’inscrire dans l’acte sacrificiel C’est effectivement un dilemme monstrueux au centre duquel le réalisateur et les scénaristes situent la jeune femme et qui nourrit une pression qui semble ne jamais vouloir retomber. Le ton est poignant, le rythme de plus en plus haletant, oppressant. Peut-être dérangeant.



Dans Hunger Games : l’embrasement, il est difficile de savoir sur qui pouvoir compter ; alors, plus que jamais, la nécessité de trouver un allié pousse Katniss à des unions contre nature et les nouveaux personnages, adversaires ou non, sont de belles trouvailles que nous vous laisserons découvrir. Une fois plongé dans l’arène, un décor où tout évoque la série Lost, même un brouillard meurtrier, aux parfums vaporeux et morbide qui rappellent la fumée noire que l’on trouvait sur l’île énigmatique de J.J. Abrams, le danger devient total avec des éléments perturbants qui transcendent encore les pièges du premier film. La nature vierge et pourtant virtuelle de l’aire de jeu devient primitive, tout en restant futuriste. La fin est vénéneuse et le budget consistant opère un effet réel sur l’action qui, interrompue seulement par l’apparition du logo de la série, s’arrête soudainement, en plein milieu des événements.
On n’en reste pas avec un sentiment d’inachèvement, ni même de frustration, le spectacle ayant été intense, mais plutôt avec le goût délicieux d’une fin couperet que l’on n’attendait pas tomber si vite, lors d’un sommet d’intensité absolument capiteux.

 


 

Critique "Le Monde"


Après le premier Hunger Games sorti en mars 2012, le réalisateur Francis Lawrence (Je suis une légende) prend la suite de Gary Ross pour adapter le deuxième tome de la série romanesque à succès de Suzanne Collins. Toujours un peu lointain de l'enjeu passionnant que devrait constituer la population anonyme des districts, parfois un peu léger dans son questionnement sur les rapports complexes entre les dirigeants et la foule, la manipulation médiatique et l'équilibre universel à la romaine du "panem et circenses", ce deuxième opus n'est pas encore tout à fait à la hauteur de son potentiel.

Mais comme son prédécesseur, L'embrasement confirme à tous points de vue l'écrasante suprématie de la saga sur l'ensemble contrasté (et parfois consternant) des grosses productions pour adolescents et jeunes adultes : Twilight, Les Ames vagabondes, Sublimes Créatures et autres Mortal Instruments. Même incomplet, le questionnement politique qu'il propose reste une excellente matière à débat et un pont tout à fait valable vers l'approfondissement cinématographique et littéraire du sujet.

L'embrasement a par exemple l'intelligence de faire porter sa réflexion jusque sur certains détails a priori assez vides de sens. Le costume, par exemple, prend place au cœur de l'exposition des manipulations médiatiques, en devenant l'objet d'un questionnement intéressant sur le rôle du vêtement comme messager universel, et les passerelles étonnantes de l'accessoire au subversif : parce qu'il a aidé à construire puis à faire grandir le personnage médiatique de Katniss, le couturier Cinna, pourtant adulté par les nantis de Panem, est voué à être perçu par le Capitole comme une menace.

Ajoutons à cela une mise en scène efficace même sur la longueur (2 h 26), des traits intéressants dans les rôles secondaires (la glaçante et touchante Effie jouée par Elizabeth Banks), des acteurs investis et sérieux. Outre le vétéran Philip Seymour Hoffman dans le rôle du nouveau metteur en scène des Hunger Games, la petite bande des jeunes acteurs se tient bien, y compris dans ses partis pris les moins séduisants. Josh Hutcherson est et reste un Peeta réaliste dans son manque de carrure, et la belle Jennifer Lawrence continue de s'en tenir rigoureusement à son improbable charisme : froide, toujours à la limite de l'antipathie, brusque, têtue, moralement incertaine. Rien de tout cela ne relève du chef d'œuvre mais l'ensemble reste cohérent, solide, bien pensé, et constitue une sortie des plus recommandables à partager avec un adolescent en mal de divertissement intelligent.

 


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Docteur Jerry & Mister Love

Docteur Jerry & Mister Love

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Film de Jerry Lewis (Etats-Unis - 1963 - 1h45) avec Jerry Lewis et Stella Stevens...


 

Dans le cadre du cycle "Patrimoine"


Film proposé en Version originale sous-titrée

 

docteur Jerry affiche uneProfesseur de chimie dans un collège, Julius Kelp, au physique plutôt ingrat, est de plus très maladroit. Il provoque des catastrophes et se fait chahuter par sa classe. Une de ses élèves, une jolie blonde nommée Stella, le prend en pitié. Décidé à changer physiquement et psychiquement, Kelp s'enferme dans son laboratoire et invente un produit miracle. On le retrouve en séduisant play-boy doué d'une voix de crooner...



 

Critique "Les Inrockuptibles"


Qui a vu la totalité des films avec Jerry Lewis ? Pas moi, même si j’en ai vu plusieurs au cinéma dans les années 50, quand il formait un tandem populaire avec Dean Martin.

Les voir enfant, en France, signifiait entendre la voix de doublage de Jacques Dynam, qui faisait de son mieux, et rire ou non. Apparemment oui, puisque mon grand-père paternel, qui rituellement nous emmenait mon frère et moi, disait en nous ramenant : “Ils ont ri de bon cœur.” Cependant, les moments réservés à Dean Martin pour déployer son talent de crooner – que j’apprécie mieux maintenant – me semblaient languissants.

Plus tard, Martin et Lewis se sont séparés, pour leur bénéfice mutuel. Le premier, avec son côté débonnaire, était un bon acteur : il aura la chance d’avoir vite deux rôles forts, celui de l’alcoolique Dude dans Rio Bravo et celui du joueur dans Comme un torrent. Quant à Jerry Lewis, dès 1960, il devient son propre réalisateur. Ses films sont-ils meilleurs ? Question, selon moi, purement académique.

Il a eu raison de le faire puisque tel était son désir. Ensuite, voyons au film par film. Deux films avec Martin, deux films sans lui : les quatre films qui ressortent sont un échantillon plaisant, varié et représentatif. Un galop du diable, peu connu, est une très bonne surprise. Le réalisateur, George Marshall, est de ceux qu’au vu de leur filmographie éclectique certains qualifient de “tâcherons”. On aimerait plus de tâcherons comme celui-ci, car le film est excellent.

L’action se déroule pendant la prohibition. Jerry Lewis, dans le rôle de Virgil, est l’ami des animaux (on pense à Jim Carrey dans Ace Ventura, détective chiens et chats) et les situations sont drôles, avec une jument soûle, et plusieurs scènes entre gangsters bookmakers, avec des accents incroyables. Un grand moment est celui où Virgil joue pour Nelson (Dean Martin) la scène du balcon de Cyrano à une belle.

Ici, un Cyrano inversé : c’est Nelson le beau gosse qui chante en coulisse, et Virgil qui mime le chant, sur I Only Have Eyes for You, un standard du tandem Warren/Dubin (les auteurs de ces magnifiques chansons qu’on entend dans les Busby Berkeley des années 30). Cela finit sur un champ
de courses, et on a “ri de bon cœur”.

A cause peut-être de son caractère souvent nonsensique et cartoonesque, Artistes et modèles, réalisé par Frank Tashlin, était très réputé auprès des cinéphiles français des années 50-60. On y croise Fellini deux fois, à cause d’un petit rôle donné à Anita Ekberg, qui n’était pas encore la déesse de La Dolce Vita, et du rôle plus important qu’y tient Shirley MacLaine, celui d’une fille exubérante qui croit aux horoscopes et qui, avec sa bouille de clown et ses cheveux courts, est inspirée par Giulietta Masina dans La Strada.

Or Les Nuits de Cabiria, deuxième grand rôle fellinien pour Masina, sortira en 1957, et Shirley MacLaine en jouera l’adaptation musicale filmée par Bob Fosse, Sweet Charity, en 1969. La scène où, ici, elle chante une chanson d’amour à Jerry pour s’offrir à lui est tellement démonstrative dans ses postures que certains spectateurs d’aujourd’hui en sont gênés. Il y a d’ailleurs dans tout ce film une ingénuité dans la provocation sexuelle qu’on ne trouve plus guère. Je pense notamment à une scène célèbre de massage qui débouche sur un empilement de corps féminins écartelés, le tout sans penser à mal…

Le Tombeur de ces dames, le deuxième film dirigé par Lewis, est réputé pour son décor immense d’une pension logeant des femmes, vue en coupe, et la publicité a d’ailleurs été faite sur “le plus grand décor jamais construit”. En fait, il n’ajoute pas grand-chose au film et plombe même deux ou trois scènes.

Il est en effet si grand que lorsque Jerry Lewisle filme en entier (il faut bien en justifier la construction), les personnages sont trop loin et il ne se passe plus rien. Est-ce que cela veut dire qu’il n’est pas un si grand réalisateur ? Peu importe. La scène du chapeau avec le gangster jaloux joué par Buddy Lester est excellente parce qu’elle est cadrée de très près, et que l’on oublie ce décor.

Reconnaissable à sa cicatrice à droite de sa bouche, Lester est un fidèle second rôle pour les films de Jerry Lewis (il joue le barman dans Docteur Jerry et Mister Love). Avec ses colères contenues, il fait penser à un Lino Ventura qui n’aurait pas accédé aux premiers rôles (saluons aussi dans ces films le retour de Kathleen Freeman, avec ses rôles de femmes pratiques, autoritaires et fortes en gueule).

Les nombreux rôles féminins du Tombeur de ces dames sont truculents, de sorte qu’on a pu traiter Jerry Lewis de “misogyne”. Pourquoi ? Les actrices sont heureuses d’avoir des scènes comiques, et ici elles sont pimpantes et rigolotes, parfois même plus amusantes que lui. N’est-ce pas à mettre à son crédit ? Un clown blanc peut se cacher sous l’auguste.

J’ai vu Docteur Jerry et Mister Love étudiant, et c’est le film qui a valu en France à Jerry Lewis une reconnaissance cinéphilique large, on le considérait comme un chef-d’œuvre. Le film, plus sentimental que d’autres, risquerait d’être boudé aujourd’hui pour cette raison même. Je le trouve magnifique. On sait que c’est une transposition de Dr Jekyll et Mister Hyde, où au lieu de devenir monstrele disgracieux professeur Julius Kelp, avec sa potion, devient un bellâtre séduisant et odieux. Jerry Lewis y est sidérant en “Buddy Love” car il semble (faussement) naturel.

La scène où il redevient Kelp et se confesse en public est poignante et elle est réalisée le plus simplement du monde : plan sur lui, plan sur l’assistance et notamment sur la gentille blonde dont il est amoureux, Stella Stevens ; cela permet à Lewis de changer de coiffure et de dentition. Vers la fin de la séquence, un plan subjectif de Stella flou : Julius est redevenu myope. Il sort ses lunettes, résigné, et se les remet sur le nez. Une grande scène.

On pourrait être tenté d’évoquer à nouveau Jim Carrey ; mais ils sont très différents. On a l’impression que si Jerry Lewis cessait de grimacer, de contrefaire sa voix et de faire des cabrioles (parfois exaspérantes, avec son jeu de jambes super professionnel et démonstratif), il disparaîtrait littéralement. Mais c’est ce qui le fait, lui. Il est donc irremplaçable.

 

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La sorcière dans les airs

La sorcière dans les airs

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Film d'animation de Max Lang et Jan Lachauer (Angleterre - 2012 - 0h50)


Cycle "Ciné-Mômes" - Tarif unique : 3 euros


 

Sorciere-dans-les-airs affiche uneEmbarquement immédiat pour un programme familial et ensorcelant !
Par les créateurs du Gruffalo.

Une sympathique sorcière, son chat et son chaudron s'envolent sur un balai. Quel bonheur de voler ! Mais le vent se met à souffler très fort, et un dragon affamé vient de se réveiller...
Une nouvelle adaptation d'un album de Julia Donaldson et Axel Scheffler, les auteurs favoris de la littérature jeunesse.

 



Critique "Télérama"


La prochaine livraison des studios Aardman (à l'origine de la série des Wallace et Gromit) n'étant annoncée que pour 2015, l'amateur d'animation en pâte à modeler ne peut que se précipiter chez les Londoniens de Magic Light Pictures. On leur doit déjà Le Gruffalo et sa suite, subtils récits d'apprentissage, devenus, très vite, des classiques du cinéphile en maternelle (3-5 ans). On prédit le même succès à cette histoire de sorcière au balai magique, adaptée d'un livre pour enfants de Julia Donaldson et d'Axel Scheffler. Une place sur le manche du balai, voilà ce que réclament tous les animaux (grenouille, chien, oiseau) qui croisent la route de la sorcière. Au grand dam de son chat soupe au lait, symbole éclatant de la jalousie infantile. Synthèse de Wallace et Gromit pour l'esthétique tout en rondeurs acidulées et de La Fontaine pour la morale anthropomorphique, ce nouveau conte fait, en filigrane, l'éloge de la ruse et de la solidarité. Les enfants, et leurs parents, seront aux anges.



 

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