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Supercondriaque – A partir du 19 mars

Supercondriaque – A partir du 19 mars

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Film de Dany Boon (France - 2013 - 1h47) avec Dany Boon, Kad Merad, Alice Pol et Judith El Zein...


 

Supercondriaque affiche uneRomain Faubert est un homme seul qui, à bientôt 40 ans, n’a ni femme ni enfant. Le métier qu’il exerce, photographe pour dictionnaire médical en ligne, n’arrange rien à une hypocondrie maladive qui guide son style de vie depuis bien trop longtemps et fait de lui un peureux névropathe. Il a comme seul et véritable ami son médecin traitant, le Docteur Dimitri Zvenska, qui dans un premier temps a le tort de le prendre en affection, ce qu’il regrette aujourd’hui amèrement. Le malade imaginaire est difficilement gérable et Dimitri donnerait tout pour s’en débarrasser définitivement. Le docteur Zvenska pense avoir le remède qui le débarrassera en douceur de Romain Flaubert : l’aider à trouver la femme de sa vie. Il l’invite à des soirées chez lui, l’inscrit sur un site de rencontre, l’oblige à faire du sport, le coach même sur la manière de séduire et de se comporter avec les femmes. Mais découvrir la perle rare qui sera capable de le supporter et qui par amour l’amènera à surmonter enfin son hypocondrie s’avère plus ardu que prévu...

 


A partir du 19 mars


 

 

 

 
Le piano magique

Le piano magique

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Film d'animation collectif (2011 - 0h48)


 

Piano magique affiche uneLe Piano Magique de Martin Clapp
Pour rejoindre son père parti à Londres pour trouver du travail, Anna décide de battre la campagne polonaise avec Chip Chip, son cousin agaçant. Alors quʼelle essaie de lui fausser compagnie, Anna découvre un piano brisé qui se transforme en engin volant.

Les Démons De Ludwig de Gabriel Jacquel
Un homme monte sur scène, s'assied sur son tabouret face au piano, et s'apprête à jouer. C'est Beethoven. Nos deux compères Recto et Verson viennent très vite prendre possession du clavier et perturber la prestation du grand maestro.

Plink d'Anne Kristin Berge
Un artiste abstrait ressent le besoin de se détendre.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Cinéma Public Films a décidé d’exploiter en salle Le piano magique, un moyen métrage animé de Martin Clapp, qui s’était distingué en tant qu’animateur sur le mélancolique Pierre et le loup. Pour l’occasion, le distributeur a complété ce valeureux essai dans le domaine de l’animation de figurines de deux autres courts. S’ils sont différents dans la forme artistique -ce sont des dessins animés-, ils s’avèrent aussi riches en trouvailles visuelles et surtout cohérents dans la thématique artistique et le recours formidable pour les oreilles à la musique classique, de Beethoven à Chopin. Le premier segment s’emploie à donner vie au piano d’un compositeur (pas celui du titre, attention), en proie à une lutte constante entre deux notes, l’une blanche, l’autre noire, rivalisant de concurrences sous les yeux de Beethoven. Une belle mise en scène de son inspiration et de son génie traité avec le manichéisme du bas âge, mais de façon jubilatoire.
D’un total de 47mn, l’exercice de compilation fonctionne à fond l’orchestre, avec une manifestation de trois talents qu’il nous semble important de découvrir, que l’on soit petit ou grand. L’énergie des deux premiers titres ravira les plus jeunes et étonnera les grands par leurs intarissables ressources. Le plat de résistance, Le piano magique, est un beau moment de recueillement automnal. Dans un décor urbain de bohème, partageant la magie naturaliste des grands ouvrages littéraires, il restitue la grâce artisanale des grands conteurs de l’animation. Ce récit de séparation entre une enfant et son père, évocateur de Dickens, est une ode aux voyages immobiles, une fine rencontre entre le drame poignant et le fantastique poétique. L’on s’envole sur un piano magique, au milieu des tourbillons de feuilles, pour une odyssée par-delà les nuages qui nous séduit plus qu’un Monde Fantastique d’Oz, réalisé avec beaucoup d’argent, mais sans jamais laisser poindre l’émotion propre à ce magnifique spectacle.




 



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Le Crocodile du Botswanga

Le Crocodile du Botswanga

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Film de Fabrice Eboué & Lionel Steketee (France - 2012 - 1h30) avec Thomas Ngijol, Fabrice Eboué, Claudia Tagbo, Ibrahim Koma, Franck De La Personne, Eriq Ebouaney....



Crocodile affiche uneLeslie Konda, jeune footballeur français talentueux, repéré à son adolescence par Didier, un agent de faible envergure qui a su le prendre sous sa coupe, vient de signer son premier contrat d’attaquant dans un grand club espagnol. Dans le même temps, sa notoriété grandissante et ses origines du Botswanga, petit état pauvre d’Afrique centrale, lui valent une invitation par le Président de la République en personne : Bobo Babimbi, un passionné de football, fraîchement installé au pouvoir après un coup d’état militaire. Leslie se rend donc pour la première fois dans le pays de ses ancêtres accompagné par Didier pour être décoré par le Président Bobo qui s’avère rapidement, malgré ses grands discours humanistes, être un dictateur mégalomane et paranoïaque sous l’influence néfaste de son épouse. À peine ont-ils débarqué que Bobo conclut un deal crapuleux avec Didier : faire pression sur son joueur afin que celui-ci joue pour l’équipe nationale : les Crocodiles du Botswanga…

 


 

Critique "aVoir-aLire.com"


On ne cesse de reprocher aux comédies françaises leur manque de substance et leur absence de vision à long terme. C’est donc avec un plaisir non dissimulé qu’on accueille Le Crocodile du Botswanga, une comédie bien enlevée qui parvient à renouer avec l’humour grinçant et corrosif de Fatal. Avec Case départ, le trio Steketee-Eboué-Ngijol s’était un peu pris les pieds dans le plat en empilant les clichés sur l’esclavage des noirs et les gags lourdingues à l’humour douteux. Si Le Crocodile du Botswanga n’est pas exempt de ce type de problèmes et reste trop prisonnier de son aspect « populeux » (le gentil et naïf joueur de foot est une identification toute trouvée), le film a le mérite de ne pas se vautrer dans ses excès, évite toute mièvrerie sentimentale, et surtout tente de poser un regard qui se veut critique sur une certaine frange de l’Afrique contemporaine. Intelligemment, les auteurs effectuent sans cesse un aller-retour entre fiction et réalité, substituant à la réelle République démocratique du Botswana, petit pays d’Afrique australe coincé entre l’Afrique du Sud, la Namibie et le Zimbabwe, un Botswanga fantasmé qui cache ses exactions dictatoriales sous des airs d’apparat. Un peu à la manière du Dictateur de Chaplin, avec qui le film trouve une lointaine parenté, Thomas Ngijol campe un curieux despote dont les colères n’ont d’égal que la folie déstructurée de ses gestes et de ses propos. Tribun populaire aussi drolatique que sanguinaire, ce dernier, paranoïaque comme il se doit, n’est obsédé que par une chose : qu’on puisse un jour lui prendre sa place.

Personnage extravaguant entouré de ministres fantoches, le bien nommé président Bobo est fasciné par l’Occident (ce qui nous vaut au passage un pastiche bien vu du Dernier Roi d’Écosse) et voue un véritable culte aux objets provenant de l’ancienne Allemagne, avec en vedette de curieuses poupées germaniques-pouvant servir d’éventuels sex toys pour les invités de marque- et un chat chinois à l’image du Führer himself-possible hommage au salut nazi mécanique du Docteur Folamour de Stanley Kubrick. Forts relents colonialistes de la part des anciens « protecteurs » français qui ne rêvent que d’Algérie, invasion économique des chinois sur le continent africain, déforestation, corruption généralisée, exécutions sommaires, spoliation des terres par le gouvernement, prostitution, massacres inter-ethniques (l’évocation de la tribu des grandes oreilles rappelle tristement le massacre des Tutsis par les Hutus), guerre civile, coup d’état, tout y passe. Peut-on rire de tout ? Oui si le second degré ne souffre aucune ambiguïté et n’est pas là pour bêtifier les foules. Et si l’humour permet aux gens de s’intéresser un tant soit peu à ce qui se passe hors de leur petite sphère personnelle en prenant en considération des problèmes qui, dans un monde globalisé, les concernent eux aussi, tant mieux. En revanche, l’absence d’une vision englobant l’ensemble des réalités africaines contemporaines peut s’avérer dangereuse dans la mesure où le spectateur peu averti aurait tendance à réduire le continent africain à un état de non droit systématique où les gouvernements libres n’ont pas leur place. Attention donc. La télévision nous a tant et tant déjà parlé de l’Afrique, de ses massacres, de ses enfants qui meurent de faim et de tous ses malheureux atteints du VIH que toutes les horreurs qui s’y passent, si elles nous révoltaient dans un premier temps, et nous révoltent toujours, ont tendance à passer dans le domaine du lointain, et pire, du commun.

Alors, même si Le Crocodile du Botswanga, à défaut d’être vraiment original, brode essentiellement sur les clichés, il le fait avec une certaine finesse d’écriture et parvient au final, même si cela se fait inconsciemment, à interroger le spectateur sur une question fondamentale : dans quel monde vit-on et quelle est notre place dans tout ça ? Comme le souligne à propos l’utilisation de la chanson de Souchon Allo maman bobo (allusion directe au dictateur du film), les fils d’Afrique n’en peuvent plus de voir défiler les chefs militaires qui ne cessent de saigner à blanc leur propre territoire en y installant un véritable climat de terreur. Et si tout ce qui est montré dans le film peut paraître n’appartenir qu’à une fiction qui force grossièrement le trait, les réalisateurs rappellent tout de même que le personnage joué par Ngijol- qui a retrouvé pour l’occasion l’accent camerounais de son propre village natal- s’inspire d’un personnage réel, Dadis Camara, l’ancien Président de Guinée-Bissau réputé pour son « clownesque absolu et ses nombreuses tueries ». Une potion miracle inventée par le Président contre le Sida à prendre chaque jeudi soir, véritable manne commerciale rendant de fait obsolète le port du préservatif ? Non non, ce n’était pas du flan. Au final, en dépit d’un discours qui se veut parfois trop gentiment moralisateur -la voix de la conscience en crise est assurée par le crapuleux agent de seconde zone et l’aspect naïf du jeune homme relaie notre propre incapacité à ouvrir les yeux- et d’une narration un peu rapide, le tandem Eboué / Ngijol fait chauffer les turbines et nous livre un bon concentré d’humour à la fois incisif et bon enfant. En prime, une délirante scène toute droit sortie de Bienvenue chez les Ch’tis où les faux bouseux des mines font place à de faux habitants d’un authentique village botswanguais dont l’un porte un cache-sexe en forme de crâne animal... On en redemande.

 

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American Bluff (VF & VOST)

American Bluff (VF & VOST)

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Film de David O. Russell (Etats-Unis - 2013 - 2h18) avec Jennifer Lawrence, Bradley Cooper, Christian Bale, Amy Adams....


- Prix du Meilleur film de comédie ou musical, Prix de la Meilleure Actrice dans un film de comédie ou musical pour Amy Adams et Prix de la Meilleure Actrice dans un second rôle pour Jennifer Lawrence aux Golden Globes 2014


 


American bluff affiche uneEntre fiction et réalité, AMERICAN BLUFF nous plonge dans l’univers fascinant de l’un des plus extraordinaires scandales qui ait secoué l’Amérique dans les années 70.

Un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld, et sa belle complice, Sydney Prosser, se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso, de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito. Le piège est risqué, d’autant que l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn, pourrait bien tous les conduire à leur perte…

 


 

Critique "Le Point.fr"


"Les amants criminels" : c'est un certain genre du cinéma. Fameux. Souvenez-vous de Bonnie and Clyde : en général, pour le duo, cela finit mal. Le bonheur dans le crime cède vite le pas à l'amour dans le sang. American Hustle (le titre original) renouvelle le genre avec drôlerie, brio et folie. Un tandem impayable. A gauche, Christian Bale, quasi méconnaissable avec sa bedaine, ses lunettes fumées et sa moumoute mal ajustée. A droite, Amy Adams, qui a troqué le sourire niais de la princesse Giselle dans Il était une fois de Disney pour un pouvoir érotique à affoler le palpitant. Le cinéma américain cultive ces marginaux qui rappellent au pays leur folie juvénile : rien à perdre, tout à gagner. En l'occurrence, avec une arnaque reposant sur la confiance : le tandem prête de l'argent à ceux à qui on ne fait pas crédit, Amy Adams se faisant passer pour une comtesse anglaise bien en cour à la City, tandis que Bale ficelle le montage où, bien sûr, ils n'avancent pas le moindre fifrelin de leur poche.

American Bluff a déjà presque tout raflé aux Golden Globes dans la catégorie comédie : meilleur film, meilleur actrice (Amy Adams), meilleure actrice dans un second rôle (Jennifer Lawrence). On attend les oscars. Question scénario, ce n'est peut-être pas la Sécurité sociale, mais c'est justement cette folie. Rayon personnages, on en a pour son argent. Le duo est vite rejoint par un petit père la morale exalté du FBI, Bradley Cooper (le beau gosse de "Very Bad Trip"), qui les démasque, les divise et les oblige au deal suivant : mettre leur combine au service du FBI afin de coincer des politicards corrompus qui cherchent de l'argent facile. Et le duo d'inventer un faux cheikh en quête d'investissement pour faire tomber un maire pourtant assez honnête (Jeremy Renner).

 

Critique "Critikat.com"





Trop occupée à équilibrer son palmarès entre devoir de mémoire (12 Years a Slave) et cinéma 2.0 (Gravity), la cérémonie des Oscars oubliera peut-être de venir arbitrer l’interrogation méta pourtant fort judicieuse d’American Bluff : « Qui est le meilleur : le maître ou le faussaire ? » Qui, cette année, fut responsable de la meilleure farce vintage : Martin Scorsese, le vieux sphinx mêlant cure de jouvence et démonstration de puissance, réactualisant ses Affranchis à Wall Street ; ou David O. Russell, le petit malin en plein travail de sape, ironisant un Casino sur la East Coast ?

Fausse question, qu’on est tenté de botter instantanément en touche tant, ici, le duel au sommet dépasse le simple conflit de générations et tant, surtout, le cas Russell pose problème : difficile de savoir à quoi s’en tenir avec le réalisateur des Rois du désert puisque sa force, précisément, a toujours tenu en une manière habile de brouiller les pistes, masquant ses prétentions de cinéaste derrière une fausse modestie de faiseur. En une poignée de projets composites (un film de guerre, un autre de boxe, deux autres de thérapie amoureuse), le New-Yorkais s’est taillé une réputation méritée de styliste passe-partout et exigeant, capable de marier tous les styles, de faire adhérer tous les tons. Dénué de génie apparent mais d’une polyvalence à toute épreuve, son talent privilégie moins le dépassement des genres que la stricte coagulation des idées et des énergies, selon une tradition implacablement hawksienne. C’est un cinéma de la petite forme cabossée, mal dégrossie, parasitée par les tics putassiers – plus proche au fond de l’efficacité télévisuelle que de la polyphonie virtuose à la Scorsese.

American Bluff ne démord pas de cette stratégie a minima : séduisant, fonctionnel, bâtard, il apparaîtra comme un antidote idéal à tous ceux chez qui Le Loup de Wall Street, sa cadence infernale et ses indécentes œillères, ont déchaîné la nausée. Inspiré du scandale Abscam (du nom de la société fictive créée dans les années 1970 afin de piéger des fonctionnaires véreux), le film suit le parcours d’Irving Rosenfeld (Christian Bale), escroc à la petite semaine tiraillé entre une épouse maniaco-dépressive (Jennifer Lawrence) et une maîtresse interlope (Amy Adams). Pris dans les filets d’un dingo du FBI (Bradley Cooper), le voilà sommé d’improviser un traquenard pour officiels corrompus et grosses pointures de la mafia. Filmeur accompli, Russell épouse avec une remarquable limpidité les plis de ce scénario méandreux, tout en perturbant sa machinerie narrative de dérapages constants — interférences domestiques, trouées anecdotiques, saillies grotesques. On retrouve le goût du réalisateur pour les trajectoires qui s’entremêlent et se parasitent, cet attachement pour les groupes en lambeau (la famille y pèse toujours lourd) et les losers à la recherche d’un second souffle.

Loin des cathédrales mégalomanes de Scorsese, où la mythologie du gangstérisme sert parfois de caution trouble au delirium de l’artiste, Russell persiste dans son éloge des destinées en demi-teinte, rabat l’arnaque sur l’intime, le politique sur le familial, et se suspend avec son empathie coutumière au fil des desiderata de chacun (un escroc bedonnant en quête de tranquillité, un politicien bien intentionné en quête de plébiscite, un flic frustré en quête de prestige). En définitive, on voit à quel point tout différencie ces deux satiristes de l’American dream : l’un est un cinéaste de la joie et de la compassion, l’autre de la douleur et du dédain ; l’un est dans la réparation endurante et laborieuse, l’autre est dans le rise and fall brutal ; l’un est jazzy, l’autre est opératique. Mais présentement, quel escroc nous parle le plus ? Le loup, le wiseguy – celui qui, au vu de tous et au mépris de la bienséance, dilapide le monde sur l’autel de sa jouissance personnelle ; ou le renard, le hustler – celui dont la stratégie consiste, justement, à prendre l’adversaire au piège de sa propre vanité.

Retour à la case départ donc : « Qui est le meilleur : le maître ou le faussaire ? » Cette question, posée par un escroc raisonnable à un flic aux dents longues, en face d’une reproduction de Rembrandt si parfaite qu’elle en a dupé les experts, ne serait qu’un clin d’œil un peu vain si, au demeurant, ce dilemme n’avait pas aussi valeur de mise en garde. Aujourd’hui que le cinéma américain vintage, prisonnier de son tourbillon de voix off catchy et de travellings en roue libre, semble condamné à bégayer inlassablement la même histoire (celle d’une auto-critique montée sur les épaules de sa propre gloire), American Bluff convie peut-être Hollywood à renverser ses propres échelles de valeur, en l’invitant à disposer son avenir entre les mains de ceux qui voient juste avant de voir grand.

Et on oserait presque lui donner raison tant, à l’heure des modernités dépassées et des crises en boucle, la hiérarchie morale entre faussaire et maître, artisan et génie, mériterait peut-être une réévaluation : le premier, funambule ingrat et débrouillard, a au moins pour lui de rester conscient de l’imposture jusqu’au bout ; quand le second, Icare libertaire ivre de son élévation, finit parfois par ne plus s’en rendre compte. Ou bien trop tard – alors même qu’il ne reste déjà plus rien, ni homme ni moral, à sauver. Chez Russell, les histoires s’avancent boiteuses et finissent toujours bien, diluées dans un horizon fait d’optimisme blafard et de réhabilitation familiale. Une propension au happy end déceptif qui pourrait rendre ce cinéma insignifiant, réac, complètement négligeable – mais lui confère en vérité quelque chose de très beau.


 


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Tonnerre

Tonnerre

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Film de Guillaume Brac (France - 2013 - 1h42) avec Vincent Macaigne, Solène Rigot et Bernard Menez....



tonnerre affiche uneUn rocker trop sentimental, une jeune femme indécise, un vieux père fantasque. Dans la petite ville de Tonnerre, les joies de l’amour ne durent qu’un temps. Une disparition aussi soudaine qu’inexpliquée et voici que la passion cède place à l’obsession.

 


Critique "La Croix"


Maxime, rockeur trentenaire, a connu un beau succès critique avec son dernier album, mais se trouve en mal d’inspiration. Il a fui Paris pour s’installer chez son père, à Tonnerre, ville de Bourgogne où il a grandi. Quand Mélodie, une jeune journaliste en stage dans le quotidien régional, vient l’interviewer, il s’éprend d’elle. Dans ses bras, il retrouve une jeunesse qui s’enfuyait déjà. Mais sa passion tourne à l’obsession et l’entraîne sur des pentes inquiétantes.

Un créateur en panne d’inspiration de retour sur les lieux de son passé où il rencontre l’amour… le sujet n’est pas nouveau. Mais Guillaume Brac le renouvelle avec une revigorante fraîcheur et une justesse rare. Loin de se laisser enfermer dans le tête-à-tête amoureux atypique de Maxime, grand ado vieillissant, et de la jolie Mélodie, il donne de la profondeur à son récit avec la figure paternelle, apparemment aux antipodes.

Les sentiments du fils pour une jeune femme, de loin sa cadette, font écho à la passion vécue par le père vingt ans plus tôt – une écharde douloureuse dans leurs relations, entourée de non-dits et de rancœurs de part et d’autre.

Vieillit-on comme son père ? L’histoire se répète-t-elle de génération en génération ? Maxime refuse cette idée. Le réalisateur brouille les repères en tirant en douceur son film vers le polar, sans perdre totalement de vue la légèreté, l’insouciance initiales. Comme des bulles délicates, éclosent des moments touchants, inattendus, à l’exemple de ce chien sensible à la poésie de Musset ou de cette chorégraphie déchaînée de Maxime qui s’est invité au cours de danse de Mélodie.

Tonnerre doit à la ville bien plus qu’un titre et un décor : de son architecture ancienne et de ses galeries souterraines naît parfois une atmosphère de conte, et de ses environs figés sous la neige un romantisme mélancolique. Hormis ses acteurs principaux, le film est interprété par des comédiens amateurs, tous habitants de la région de Tonnerre ; ils jouent des scènes très écrites, mais si proches de ce qu’ils sont réellement qu’elles semblent prises sur le vif.

Vincent Macaigne incarne Maxime, avec un mélange singulier de douceur fragile et de rage blessée ; Solène Rigot, actuellement à l’écran dans un autre film, Lulu femme nue, lui donne la réplique avec une fraîcheur impertinente et inquiète. Excellente surprise de Tonnerre, Bernard Ménez, dans le rôle du père, apporte au film un bel humanisme et une touche de comédie, tout en retenue et en émotion.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Repéré par ses nombreux courts et par la distribution au cinéma d’Un monde sans femmes déjà avec Vincent Macaigne, le réalisateur Guillaume Brac passe pour la première fois au format long avec ce Tonnerre qui lui a permis de tourner dans cette petite ville de Bourgogne au charme certain. La présence d’un lac, d’un climat enneigé et de certains lieux marqués par des décors gothiques fait de la ville un personnage à part entière, à tel point que la configuration des lieux semble suivre le parcours intérieur du personnage principal, un rockeur sentimental qui va connaître une terrible déception amoureuse. Alors que les films précédents de Brac se référaient de manière assez évidente aux réalisations de Rohmer et de Rozier, ce premier long semble davantage s’éloigner de ces modèles pour trouver une voie plus personnelle, à mi-chemin entre le film d’auteur à la française et des références aux films de genre, notamment par l’introduction d’éléments tirés du polar. Certains passages de la seconde partie du film peuvent même s’apparenter à des échappées fantastiques qui viennent contredire l’étiquette de réalisme qui colle assez bien à la première heure du long-métrage.

Outre des qualités d’écriture indéniables, Tonnerre bénéficie surtout de la contribution d’acteurs exceptionnels au premier rang desquels l’excellent Vincent Macaigne. Plus intériorisé que dans ses précédentes créations, l’acteur se love dans la psychologie torturée d’un homme qui n’a pas fait le deuil d’un passé chahuté avec son père et qui cherche à se perdre dans une sentimentalité exacerbée avec une jeune fille indécise (convaincante Solène Rigot). On retrouve également avec bonheur Bernard Menez, plus proche ici de ses créations décalées pour Jacques Rozier que de ses malencontreuses expériences dans la comédie Z de la fin des années 70. Il incarne ici à la fois la vieillesse, mais aussi une certaine sagesse qui vise à prendre ce qu’il y a de mieux dans la vie, au lieu de se morfondre dans un passé n’apportant que souffrance et remords. Il est donc à la fois l’élément comique du film (ses récitations des vers de Musset à son chien, friand de poésie, sont à se tordre de rire), tout en étant aussi la voix de la sérénité qui fait tant défaut au personnage principal.

Si l’on peut regretter l’artificialité du passage en forme de polar, sorte de béquille narrative qui n’apporte finalement pas grand-chose en terme de dramaturgie, Tonnerre n’en demeure pas moins une œuvre de grande qualité, portée par une réalisation pointilleuse et une direction d’acteurs impeccable. Ajoutez à cela le cadre charmant de la petite ville de province et vous obtenez un très bon premier long-métrage qui peut être inscrit avec fierté parmi les réussites du renouveau actuel d’un certain cinéma d’auteur français.

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M. Peabody et Sherman : Les Voyages dans le temps (2D & 3D)

M. Peabody et Sherman : Les Voyages dans le temps (2D & 3D)

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Film de Rob Minkoff (Etats-Unis - 2013 - 1h35)


 

M peabody affiche uneM.Peabody est la personne la plus intelligente au monde. Il est à la fois lauréat du prix Nobel, champion olympique, grand chef cuisinier... et il se trouve aussi être un chien ! Bien qu’il soit un génie dans tous les domaines, M. Peabody est sur le point de relever son plus grand défi : être père. Pour aider Sherman, son petit garçon adoptif, à se préparer pour l’école, il décide de lui apprendre l’histoire et construit alors une machine à voyager dans le temps. Les choses commencent à mal tourner quand Sherman enfreint les règles et perd accidentellement dans le temps Penny, sa camarade de classe.

 

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Les Sept Samouraïs (VOST)

Les Sept Samouraïs (VOST)

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Film de Akira Kurosawa (Japon - 1955 - 3h20) avec Takashi Shimura, Toshiro Mifune, Yoshio Inaba....


 

7+SAMOURAIS affiche uneEn 1672, au Japon. Las des incursions répétées des brigands qui s’emparent de leurs récoltes et de leurs femmes, les paysans d’un petit village décident, sur les conseils de l’ancien Gisaku, de faire appel à des samouraïs… Il leur faudra trouver des samouraïs suffisamment pauvres pour accepter de combattre pour de la nourriture.
Quatre villageois sont chargés de lees rechercher. Ils réussissent à convaincre le samouraï Kambei de les aider : celui-ci va recruter ses compagnons en leur faisant passer des épreuves. C’est finalement six samouraïs et Kikuchiyo, un jeune paysan qui veut se faire passer pour tel, qui arrivent dans le village. Là, lis vont apprendre aux villageois à se battre, à fortifier leur village…

 

 

Critique "La Croix"


Projet extrêmement ambitieux tourné au printemps 1953 dans des conditions très difficiles, soumis à d’importants dépassements de budget et de temps, distribué à l’étranger dans des versions furieusement amputées (jusqu’à 2 h 10 au lieu des 3 h 26 de la version intégrale), les 7 Samouraïs auraient bien pu se transformer en un tombeau cinématographique pour son réalisateur, Akira Kurosawa. On en connaît d’autres – Michael Cimino avec La Porte du Paradis – qui chutèrent et ne se relevèrent pas.

L’incontestable succès international du film, récompensé par un Lion d’argent à la Mostra de Venise (partagé, excusez du peu, avec La Strada de Fellini et Sur les Quais de Kazan !) aura toutefois conforté le statut de son auteur, élevé au rang de maître du 7e Art nippon. De Clint Eastwood à George Lucas, de John Woo à Alejandro Gonzales Inarritu, les cinéastes du monde entier n’ont cessé de lui rendre hommage.

L’influence des 7 Samouraïs fut telle qu’Hollywood ne tarda pas à s’en emparer : dès 1960, Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson, James Coburn et quelques autres contribuèrent à transposer le sujet, sous la direction de John Sturges, d’un village montagneux du pays du Soleil levant à la poussière brûlante d’un hameau mexicain (Les sept mercenaires).

Œuvre d’une force et d’un brio magistral, Les 7 Samouraïs se situe dans le Japon du XVIe siècle, soumis aux guerres de clans et aux pillages, viols et meurtres dont les paysans sont les victimes continuelles. Craignant le retour d’une bande de voleurs, les hommes d’un petit village entouré de rizières décident de solliciter l’aide d’un guerrier sage et respecté, Kombei, auquel se joignent peu à peu d’autres combattants d’expérience, un jeune disciple et un trublion nommé Kukichiyo.

Superbement restauré, cette version intégrale laisse tout son souffle et sa complexité au propos. Étude de caractère, réflexion sur l’art de la guerre, confrontation de classes, résistance à la fatalité, amours impossibles et amères victoires… Avec ce spectacle aussi éblouissant qu’haletant, Kurosawa offre une magnifique méditation sur le destin, le libre-arbitre et le sens de la vie.

 

Critique "Les Inrockuptibles"




Un groupe de guerriers contrastés mais complémentaires, réunis par le hasard pour défendre la veuve et l’orphelin : leur chef stratège et charismatique,un archer, un moustachu qui amusela galerie… Ce ne sont pas les avengers mais bien les éternels “7 samouraïs”.C’est la force du chef-d’œuvre de Kurosawa de résonner encore soixante plus tard
dès que l’on veut assembler des héro(ïne)s en bande – Desperate Housewives ou Expendables, même combat.

La pérennité du cinéaste, son exportation, assurés dès son vivant, c’était l’art de l’hybridation. Pas seulement entre personnages mais dans les ponts jetés entre le Japon et l’Occident, qu’il adapte Shakespeare (Le Château
de l’araignée, Ran) ou le film noir US (Chien enragé, Les salauds dorment en paix). Dans Les 7 Samouraïs, Kurosawa veut faire son John Ford, qu’il admire tant. Un western au milieu des paysans nippons et de ronins (samouraïs sans maître, donc libres mais déconsidérés) du XVIe siècle.

Suspect habituel dans les listes des best movies ever, le film n’a rien perdu de sa superbe. Kurosawa ne néglige jamais la construction, ce qui relie les scènes comme les personnages. Et le rythme. Comment expliquer sinon que ces trois heures et plus passent d’une traite, même quand il faut se préparer et attendre les bandits (soit l’essentiel du film) ?

Dans un va-et-vient harmonieux, constant, Les 7 Samouraïs module l’humour et la gravité, le souffle et l’intime, l’attente et l’action. Les morceaux de bravoure ont la grandeur épique d’un film de guerre jamais dupe (la bataille finale dans la pluie et la boue), la puissance intérieure du théâtre nô lorsqu’il s’agit de faire ruminer les samouraïs en intérieur ou la nuit, éclairés à la flamme. Et d’un détail comme une tonsure, Kurosawa extrait le maximum : Kanbei, le samouraï en chef, se rase la tête (déshonneur) pour sauver un enfant (altruisme), et l’on peut pratiquement voir ses cheveux repousser le long du film (mesure du temps qui passe).

Mais dans la jonction des contraires, Kurosawa reste réaliste. Infusé de marxisme (sa veine Eisenstein, qui ne lui sert pas qu’à penser les scènes de foule), le cinéaste insiste sur l’opposition de classes dans son Japon féodal. Elle lui permet de déconstruire l’héroïsme du samouraï, sa solitude de cow-boy fordien, à travers les yeux des paysans, pour qui ils sont des queutards n’existant que dans la violence. Elle offre un effet mélo – viales amours contrariées entre un samouraï jeune premier, fils de nantis, et une fille de paysans que son père grime en homme. Enfin, elle crée un monstre grotesque, moitié samouraï, moitié fils de paysans.

Toshirô Mifune prête admirablement ses grimaces et postures d’homme-enfant tragique, qu’on pourrait croire né dans la jungle, à ce “mutant”, pour reprendre le terme de Catherine Cadou, ancienne assistante et traductrice de Kurosawa. Cet été au cinéma, un autre mutant appelé Wolverine s’apprête à visiter le Japon. En 2013, Les 7 Samouraïs continue donc de boucler encore et encore la boucle.


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The Lunchbox (VOST)

The Lunchbox (VOST)

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Film de Ritesh Batra (Inde - 2013 - 1h44)


 

Lunchbox affiche def uneIla, une jeune femme délaissée par son mari, se met en quatre pour tenter de le reconquérir en lui préparant un savoureux déjeuner. Elle confie ensuite sa lunchbox au gigantesque service de livraison qui dessert toutes les entreprises de Bombay. Le soir, Ila attend de son mari des compliments qui ne viennent pas.
En réalité, la Lunchbox a été remise accidentellement à Saajan, un homme solitaire, proche de la retraite. Comprenant qu'une erreur de livraison s'est produite, Ila glisse alors dans la lunchbox un petit mot, dans l'espoir de percer le mystère.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Auteur de nombreux courts-métrages sélectionnés dans plusieurs festivals, le réalisateur indien Ritesh Batra passe pour la première fois le cap du long avec The Lunchbox qui se pose en rupture par rapport au cinéma commercial de Bollywood. Effectivement, ici point de genre dont on respecterait les règles à la lettre, ni même de numéro musical puisque le cinéaste semble plutôt s’inspirer des œuvres sociales d’auteurs aussi prestigieux que Satyajit Ray ou plus récemment Mira Nair. Ritesh Batra préfère s’attarder sur le quotidien morne de la classe populaire à travers une histoire d’amour épistolaire séduisante, lui permettant ainsi de dire deux ou trois choses importantes sur la société de son pays. Durant le premier quart d’heure, il décrit le système très étonnant des lunchbox qui offre à des milliers d’Indiens l’opportunité de se faire livrer le repas préparé par leur épouse directement à leur travail. Ce boulot qui occupe pas moins de 5 000 livreurs tous les jours est un modèle d’organisation, tant et si bien que rares sont les erreurs de livraison.
Le cinéaste s’engouffre pourtant dans une des brèches du système pour effectuer un rapprochement inattendu entre une jeune femme mariée, cloîtrée à la maison, et un employé de bureau à la veille de la retraite. Par le biais d’une erreur de livraison, les deux êtres qui ne se seraient jamais rencontrés vont peu à peu se lier d’amitié (et plus ?) par une relation épistolaire. Les lettres, dissimulées dans la fameuse lunchbox, sont d’abord laconiques, avant d’être l’occasion pour les personnages d’épancher leur cœur et de soigner le mal qui les ronge tous les deux : la solitude. Si Ritesh Batra n’hésite pas à recourir à l’humour pour faire passer certaines situations, il signe un script d’une rare finesse où rien n’est appuyé. La tonalité d’ensemble est donc celle d’une œuvre assez mélancolique où l’individu apparaît comme négligeable au sein d’une collectivité écrasante (l’Inde est actuellement le deuxième pays le plus peuplé du monde et devrait arriver en tête d’ici une quinzaine d’années).
Sans jamais s’appesantir, l’auteur nous montre avec beaucoup de recul le tourbillon infernal dans lequel sont plongés beaucoup d’Indiens, voués à travailler toute la journée pour parvenir à développer un pays en pleine émergence. Au passage, il égratigne aussi le modèle familial indien et dénonce l’air de rien la condition des femmes, dont beaucoup sont enfermées à la maison pour servir leur mari et leurs enfants. S’immisçant doucement, l’émotion gagne progressivement le spectateur qui est emporté par cette belle histoire, contée avec simplicité et efficacité. Il faut dire que l’ensemble est servi par d’excellents acteurs dont un Irrfan Khan (le conteur de L’odyssée de Pi) tout en intériorité. Venez donc goûter ce mets indien raffiné, vous ne le regretterez certainement pas.

 

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Les Garçons et Guillaume, à table !

Les Garçons et Guillaume, à table !

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Film de Guillaume Gallienne (France - 2013 - 1h40) avec Guillaume Gallienne, André Marcon, Françoise Fabian, Charlie Anson, Nanou Garcia....



les garcons et guillaume affiche une"Le premier souvenir que j'ai de ma mère c'est quand j'avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" Et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t'embrasse, ma chérie".
Et bien, disons qu'entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus."

 

 

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