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Les Vacances du Petit Nicolas (Avant-Première)

Les Vacances du Petit Nicolas (Avant-Première)

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Film de Laurent Tirard (France - 2014 - 1h37) avec Valérie Lemercier, Kad Merad, Dominique Lavanant, François-xavier Demaison, Bouli Lanners, Matheo Boisselier...



 

Vacances du petit nicolas affiche une- Film proposé en avant-première


C’est la fin de l’année scolaire. Le moment tant attendu des vacances est arrivé.
Le petit Nicolas, ses parents et Mémé prennent la route en direction de la mer, et s’installent pour quelques temps à l’Hôtel Beau-Rivage. Sur la plage, Nicolas se fait vite de nouveaux copains : il y a Blaise, qui n’est pas en vacances parce qu’il vit ici, Fructueux, qui aime tout, même le poisson, Djodjo, qui ne parle pas comme eux parce qu'il est anglais, Crépin, qui pleure tout le temps, et Côme, qui veut toujours avoir raison et c’est très énervant. Mais Nicolas fait aussi la connaissance d’Isabelle, une petite fille qui le regarde tout le temps avec de grands yeux ronds et inquiétants, et à laquelle il croit que ses parents veulent le marier de force. Les quiproquos s'accumulent, et les bêtises commencent. Une chose est sûre : ce sera, pour tout le monde, des vacances inoubliables…

 

 

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Bird people

Bird people

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Film de Pascale Ferran (France - 2013 - 2h08) avec Anaïs Demoustier, Josh Charles, Roschdy Zem, Camélia Jordana, Taklyt Vongdara, Radha Mitchell, Geoffrey Cantor, Clark Johnson...



 

Bird people affiche uneEn transit dans un hôtel international près de Roissy, un ingénieur en informatique américain, soumis à de très lourdes pressions professionnelles et affectives, décide de changer radicalement le cours de sa vie.
Quelques heures plus tard, une jeune femme de chambre de l’hôtel, qui vit dans un entre-deux provisoire, voit son existence basculer à la suite d’un événement surnaturel.

 

 

Critique "Télérama"



Pascale Ferran est une cinéaste rare, qui tourne peu, mais bien. Autant dire que ce quatrième film, huit ans après le succès de Lady Chatterley, était très attendu. Il donne, pourtant, l'impression d'être providentiel, comme tombé du ciel. Décollage, envol, avions, il en est justement question, puisque l'action se situe à l'aéroport de Roissy ou dans ses environs. Notamment dans un hôtel ­international, où Gary (Josh Charles, acteur remarqué dans la série The Good Wife), un Américain, est descendu, pour une nuit. Ingénieur très calé dans sa branche, ce battant réunit tous les ­attributs de la réussite sociale. Super job, super épouse, des enfants, une maison qu'on entr'aperçoit et qu'on devine spacieuse. Il est de passage à Paris pour une réunion d'affaires. Celle-ci achevée, il s'en revient en taxi à son hôtel, à Roissy, et s'apprête à repartir le lendemain pour Dubai. Mais après une nuit très agitée, avec crise d'angoisse carabinée, il décide de rompre radicalement avec son existence. Fini ce boulot de dingue, finie aussi cette vie de famille qui n'en était plus une. Pas simple de couper ainsi les ponts. Ça peut devenir très brutal. Cette brutalité, Pascale Ferran la montre plein cadre, à travers une longue scène de rupture via Skype (l'épouse est chez elle, aux Etats-Unis), extrêmement forte. Pleine de coups de griffe, de rancune, de fatigue nerveuse et de chagrin. Du théâtre de chambre, particulièrement intense. « Je ne supporte plus cet état de guerre permanent », lâche un moment Gary. Cette réplique s'accompagne chez lui d'un renversement de perspective : comme si, d'un coup, en disant stop, Gary esquissait une révolution anthropologique.


Décoller très haut dans l'imaginaire, tout en rendant compte d'un quotidien écrasant, de cette pression de plus en plus affolante qui pèse sur ceux qui ont encore la chance d'avoir du travail, voilà le défi. En parallèle à la crise profonde de Gary, Pascale Ferran met en scène un autre personnage, une jeune fille nommée Audrey (Anaïs Demoustier, insolite, angélique). C'est une jeune étudiante, qui travaille comme femme de chambre dans l'hôtel où se trouve l'Américain. Curieuse mais aussi consciencieuse, anxieuse peut-être, elle est dans cet âge à la fois joyeux et difficile où rien n'est vraiment stable, où tout est possible. La caméra accompagne ses déplacements, son travail mécanique, en lui donnant une allure de ballet permanent. Autant Gary réinvente son existence depuis sa chambre en faisant des outils numériques un nouvel usage, autant Audrey sillonne l'espace, dans un mouvement perpétuel. Elle est capable de faire plusieurs choses en même temps, de nettoyer les chambres, de chiper des bribes de conservations secrètes, de laisser son esprit vagabonder ailleurs. Il arrive un moment où l'existence de cet être hyper réceptif bascule elle aussi, mais à la différence de Gary, de manière légère, sans violence, à travers un épisode fabuleux dont on ne dévoilera rien, pour garder l'effet sidérant de surprise. Ce que tente Pascale Ferran est très périlleux. Mais elle triomphe de toutes les difficultés avec un grâce mêlée de générosité.


Mutation, réincarnation, renaissance. Du jamais-vu surgit à l'écran. Pas seulement dans les morceaux de bravoure — comme ce moineau qui volette et dont le parcours planant, mais aussi angoissant, constitue en soi une aventure. C'est dans sa totalité que le film nous bluffe, dans sa manière de faire zigzaguer le récit, de combiner réalisme et merveilleux, de saisir le monde globalisé et des miettes au ras du bitume. Bird People enchante même en matière de musique, puisqu'il nous offre à plein volume et dans une scène-clé un classique de Bowie (Space Oddity, hé oui !). Il échappe aux normes, aux catégories et s'avère tout à la fois spectaculaire et expérimental, sensitif et cérébral, ultra-contemporain et intemporel. Libre comme l'air.


 

Critique "aVoir-alire.com"


Forte du succès de Lady Chatterley, César du Meilleur Film en 2007, Pascale Ferran, cinéaste rare (4 films en 20 ans), livre avec Bird People un retour inattendu dans une dimension fantastique qui confère à son dernier opus un caractère singulier.
L’étrangeté de l’oeuvre est immédiate... L’on se retrouve dans une rame de RER à destination de Roissy Charles de Gaulle, à observer les voyageurs occupés dans leur routine de trajet. Le regard, formidable d’humanité, de complexité, de légèreté également, dure plusieurs minutes, avec pudeur, sans voyeurisme, lors d’une séquence somme qui vaut à elle seule le déplacement dans l’aventure Bird People... Dans cette rame du quotidien, l’on griffonne, l’on abuse de son smartphone, l’on exprime le temps à sa façon. Les couleurs, personnalités et milieux sociaux diffèrent, mais l’universalité est déjà posée. Cette séquence est une formidable introduction sur une oeuvre de voyages intérieurs dont le cadre est essentiellement un aéroport international et l’un de ses hôtels, où la réalisatrice va s’attacher en particulier à quelques destinées, à leurs solitudes et à leurs réalisations intérieures...

Narration éclatée. Après s’être attachée à cette constellation de vies et de regards, la réalisatrice s’éloigne du collectif pour poser un regard chirurgical sur une poignée d’existences évoluant dans un hôtel de Roissy, au détriment, a priori, d’une construction équilibrée, ou du moins canonique. Elle s’intéresse en particulier à deux personnages qui vont se croiser, influer sur d’autres destins, à l’occasion d’un découpage centré sur eux, ce qui donne un caractère original à la structure même du film. L’un est joué par Anaïs Demoustier , étudiante, femme de chambre, observatrice facétieuse de réalités sociales curieuses, témoin des froissements de draps, des rendez-vous improbables dans un no man’s land existentiel où chacun semble mettre sa réalité de côté, où le personnel de l’hôtel est lui-même passé au crible dans ses écarts entre l’habit maison, rigide, et la triste misère sociale qu’il peut dissimuler. L’autre personnage est incarné par Josh Charles (Deux garçons, une fille, trois possibilités), un client américain au bord du burn-out, saisi d’une épiphanie vitale lors d’un bref séjour d’affaires, qui le conduit à changer radicalement de vie alors qu’il prolonge subitement son passage au Hilton, incapable de sortir de sa chambre. Il abandonne tout, femme, enfants, boulot... Toute responsabilité.

Malgré ce traitement narratif éparpillé, Ferran ne prend pas ses personnages à la légère. Certes, le ton est celui d’une fantaisie un peu irréelle, propre à ces lieux impersonnels que sont les chambres d’hôtel sans âme ou sans nationalité propre. L’intrigue conjugale entre Josh Charles qui annonce sa rupture avec son épouse, Radha Mitchell, par Skype, est un étonnant moment de cinéma, à la fois grave, solennel, et pudique, où le temps semble s’arrêter. La réalisatrice se sert de ce découpage quasi aléatoire pour aller au plus profond de l’exercice d’introspection conjugale et humaine. L’émotion et la métaphysique se rejoignent dans ces moments spectaculaires de l’intimité.

Hors temps, hors norme, Bird people ose l’originalité de ton, en utilisant, peut-être un peu maladroitement, la métaphore de l’oiseau-témoin, qui vole de destinés en destinés. Elle pousse cette image jusqu’au fantastique pur, transformant la femme de chambre Demoustier en petite créature ailée, adaptant l’adage "si j’étais une souris..." à la géographie du film. On croit moins au procédé, même si de très beaux moments sont encore à signaler... Mais cette séquence qui intervient très tardivement, se révèle un cran en-dessous de l’excellence générale du métrage, où, pendant plus d’1h30, le travail de Pascale Ferran confinait à la perfection.
Sélectionné à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, Bird People papillonne beaucoup, avec style et brio, touchant à l’intimité profonde de l’être pour atteindre une forme d’universalité poignante. Une oeuvre remarquable dans une filmographie décidément inébranlable.


 

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Au fil d’Ariane

Au fil d’Ariane

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Film de Robert Guédiguian (France - 2013 - 1h40) avec Ariane ASCARIDE, Jacques BOUDET, Jean-Pierre DARROUSSIN, Anaïs DEMOUSTIER, Youssouf DJAORO, Adrien JOLIVET, Gerard MEYLAN, Lola NAYMARK...



 

Au fil d'Ariane affiche uneC’est le jour de son anniversaire et Ariane est plus seule que jamais dans sa jolie maison.
Les bougies sont allumées sur le gâteau. Mais les invités se sont excusés… Ils ne viendront pas.
Alors elle prend sa jolie voiture et quitte sa jolie banlieue pour se perdre dans la grande ville…

 


 

Critique "Le Parisien"


Au moins, on ne pourra pas reprocher au Marseillais Robert Guédiguian de remettre à chaque film le même ouvrage sur le métier ! Le papa de « Marius et Jeannette » (1997) aura touché à tout : au hasard et en vrac : le conte (« L'argent fait le bonheur »), la tragédie (« Marie-Jo et ses deux amours »), la politique (« le Promeneur du Champ-de-Mars »), l'histoire (« l'Armée du crime »), le social (« les Neiges du Kilimandjaro »).

Mais il n'avait pas encore franchement planté sa caméra sur les rives de la fantaisie. Ce dépaysement reste toutefois en territoire phocéen avec escale sur l'île du Frioul. L'histoire est celle d'Ariane -- Ariane Ascaride, dont c'est la seizième collaboration avec son cinéaste de mari --, qui voit, le jour de son anniversaire, ses invités se décommander les uns après les autres. Dépitée, elle prend sa voiture et part errer en ville. Le hasard des rencontres, notamment avec une tortue qui a de la conversation, se chargera de faire le reste.

Inutile de dire qu'avec ce film ouvert à tous les vents, bercé par Aragon et Jean Ferrat, visité par Kurt Weill et Bertolt Brecht, avec en prime un clin d'oeil à la fontaine de Trevi de « la Dolce Vita », le bon Robert ne va pas se faire que des amis. Les adeptes du rêve éveillé, les poètes, les clowns qui s'ignorent goûteront à tous les reflets irisés de cette parenthèse enchantée. Mais on peut comprendre que d'autres soient allergiques à ce type de récit. Et ce n'est pas au rythme d'une tortue qu'ils fileront directement à la pharmacie prévenir un accès d'urticaire.

 

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La ritournelle

La ritournelle

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Film de Marc Fitoussi (France - 2013 - 1h38) avec Isabelle Huppert, Jean-pierre Darroussin, Pio Marmaï, Michael Nyqvist, Audrey Dana, Anaïs Demoustier, Marina Fois...



 

Ritournelle affiche uneBrigitte et Xavier sont éleveurs bovins en Normandie. Elle est rêveuse, la tête dans les étoiles. Lui, les pieds ancrés dans la terre, vit surtout pour son métier. Avec le départ des enfants, la routine de leur couple pèse de plus en plus à Brigitte. Un jour, sur un coup de folie, elle prend la clef des champs. Destination : Paris. Xavier réalise alors qu’il est peut-être en train de la perdre. Parviendront-ils à se retrouver ? Et comment se réinventer, après toutes ces années ? La reconquête emprunte parfois des chemins de traverse...

 




 

Critique "Le Point"


On a des préjugés sur les grandes actrices. Forcément, on ne peut s'empêcher de les mettre dans des cases, de leur coller des étiquettes. Isabelle Huppert, par exemple. Dès qu'on prononce son nom, des adjectifs rappliquent : sombre, cérébrale, autoritaire, glaçante, ravagée, consumée, névrosée... Nous parlons bien entendu des rôles. La faute, ou le mérite, de Haneke (La pianiste), Chabrol (La cérémonie) et quelques autres, au cinéma comme au théâtre. Très injuste. Très partiel. Alors, on se réjouit quand un cinéaste l'emmène ailleurs. Par exemple dans une ferme. Vous imaginiez Huppert en train de faire vêler une vache ? Nous, en tout cas, nous avons été surpris. Le jeune veau aussi. Le grand responsable, c'est Marc Fitoussi. Un récidiviste.

Avec Copacabana, salué par un beau succès, il avait déjà osé. C'était en 2010. Huppert avait endossé un drôle de costume, celui d'une mère joyeuse, borderline, qui faisait honte à sa fille, pressée de se marier et de se ranger."A l'époque, se souvient Fitoussi,j'avais déjà dirigé sa fille, Lolita Chammah, et je savais qu'elles cherchaient un sujet à tourner ensemble. Ce n'était que mon deuxième film, mais j'ai tenté ma chance, même si je la croyais inaccessible." Le plus intéressant, c'est que tous les financiers l'avaient dirigé vers Catherine Frot. Huppert en mère fantasque ? Jamais de la vie. Dans le milieu du cinéma, l'imagination n'est guère au pouvoir. "Le problème aussi, explique Fitoussi,c'est qu'on n'a plus la mémoire de notre propre cinéma. Dès que les films ont plus de quinze ans, on les oublie. Avec Huppert, on a oublié Sac de noeuds, Coup de torchon, Coup de foudre... Elle a toujours eu cette fantaisie, un des ressorts du comique." Fitoussi résiste et réussit son pari.

Avec La ritournelle, il revient vers Huppert. A nouveau, le rôle est inattendu, rafraîchissant. La voilà en épouse malheureuse d'un exploitant d'agricole normand (Darroussin, formidable aussi en petit père tranquille et trompé), qui décide de prendre la tangente et de s'offrir une virée à Paris pour rejoindre un jeune homme (Pio Marmaï), puis partir vers d'autres aventures. Huppert l'urbaine, la Parisienne, aux comices agricoles : on s'amuse, mais on croit à cette Emma Bovary (rôle qu'elle avait joué chez Chabrol) du XXIe siècle. On suit une Huppert étonnamment candide, intimidée, à la fois coincée et sensuelle. "Elle a cette timidité, cette fausse froideur, cette jeunesse aussi, qui lui permettrait presque de jouer une adolescente. Le plus dur a été de la faire coudre ou de lui faire cuire des aliments. Là, elle est plus embêtée."

On a donc une vue bien courte d'une actrice de 60 ans, qui continue à faire preuve d'une curiosité juvénile. Au Brésil, où elle est allée présenter La ritournelle, elle a demandé à rencontrer Kleber Mendonça Filho, le réalisateur des Bruits de Recife, le film brésilien phénomène de ces derniers mois. Elle est allée aussi en Macédoine pour projeter un vieux Chabrol avec la même envie de découvrir les talents de ce pays. Elle tournera bientôt Le vacarme, premier film d'un comédien, Ludovic Bergery. Alors, mesdames et messieurs les cinéastes, et les producteurs aussi, un peu d'imagination, et, de grâce, faites confiance à nos comédien(ne)s.

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Sa bergère tentée par les folies, c’est Isabelle Huppert, dont on ne devrait jamais oublier qu’elle est, aussi, une grande actrice comique (notamment dans Copacabana, un précédent film de Fitoussi). Il y a quelque chose dans son jeu de l’ordre de l’évaporation, une façon unique de faire bouillonner (à feu doux) les répliques, pour n’en laisser qu’une écume, une trace à peine visible au fond du plan (ou au fond des yeux), qui prouve, à qui sait regarder, qu’un trouble violent s’est joué là avant de finalement rejoindre l’éther.

Dans le film, elle interprète une paysanne – oui, une paysanne et c’est parfaitement crédible – mariée à un éleveur de bovins joué par Jean-Pierre Darroussin, non moins excellent. Si l’on a plus de facilité à l’imaginer en agriculteur, lui l’acteur fétiche de Guédiguian, bienveillance incarnée devenu au fil du temps le parfait papa poule du cinéma du milieu, il n’en compose pas moins son rôle avec originalité, loin des clichés associés à ce métier.

Fitoussi montre ainsi un monde paysan moderne – c’est la première réussite, disons sociologique, du film – avec wifi à la maison et Austin Mini Break dans le garage (sans doute la seule voiture au monde capable de plaire autant à Guy Roux qu’à Louise Bourgoin). Huppert et Darroussin forment un couple dont on ne doute pas qu’il s’est follement aimé, mais qui, en toute logique, a laissé la poussière se déposer sur leur désir, jusqu’à ce qu’il en soit presque entièrement recouvert. Prémisse naturelle pour une comédie de remariage. Un jour, elle décide de filer à l’anglaise, à Paris, laisser le hasard épousseter son quotidien… Sous la forme d’un beau dentiste danois, par exemple.

Dès la première séquence, qui voit l’éleveur et sa femme brosser le pelage d’un Charolais pour un concours, et tout au long du film, Fitoussi accumule les signes d’opposition – elle veut mettre un diadème sur la tête de la vache, lui s’en agace ; elle lui fait des beignets au tofu à déjeuner, lui préférerait de la barbaque, etc. – avec un volontarisme qui pourrait passer pour un manque de subtilité. C’est qu’à la subtilité, ce mal de la comédie du milieu, justement, qui veut que rien ne soit tranché et tout également réparti, Fitoussi préfère la générosité.

Générosité vis-à-vis des personnages secondaires pour commencer – l’ouvrier agricole, la voisine, la belle-sœur, l’amant, le fils, tous existent par-delà leur fonction scénaristique, ce à quoi on reconnaît presque toujours les bonnes comédies –, générosité de trait ensuite.

Fitoussi a une façon de styliser le réel (aidé ici par Agnès Godard, ou, dans son précédent film Pauline détective, par Céline Bozon, deux des meilleures chef op françaises) qui évoque la comédie américaine classique (Leo McCarey, toute proportion gardée) ou certains francs-tireurs français (Pierre Salvadori, Axelle Ropert, les frères Larrieu du Voyage aux Pyrénées). Soyeuse, son image enrobe sans étouffer, au diapason d’un film qui invite à jouer quelques fausses notes dans la petite musique répétitive rythmant nos vies. Imparable.

 

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Le Parfum de la carotte

Le Parfum de la carotte

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Film d'Animation de quatre courts-métrages (France - 2012 - 0h45)


 

Film "Ciné-Mômes" : 4 euros pour tous

Parfum de la carotte affiche uneFilm recommandé à partir de 3 ans
Le Parfum de la Carotte de Rémi Durin et Arnaud Demuynck (27min)
Lapin et Écureuil sont voisins et amis. Ils sont aussi gourmands et bons vivants. Mais des différences de goût les mènent à la dispute. L'Écureuil, fâché, déménage de nuit et se fait attraper par un renard...La Confiture De Carottes d'Anne Viel (6min)
Deux amis lapins, en plein hiver, voient leur réserve de confiture de carottes épuisée. Mais qui a dit que les carottes ne se trouvent que dans les jardins ? Certainement pas l’oncle Robert qui leur a légué une précieuse carte au trésor…La Carotte Géante de Pascale Hecquet (6min)
Une souris est poursuivie par un chat qui est poursuivi par un chien qui est poursuivi par une petite fille qui est grondée par sa mammy qui se fait bougonner par le papy qui fait sa soupe et a besoin d’une carotte…Le Petit Hérisson Partageur de Marjorie Caup (5min)
Un petit hérisson trouve une pomme magnifique dans la forêt. Il la roule derrière un rocher pour faire bombance à son aise. Mais voilà que s’invitent au festin d’autres petits gourmands…


 

 

Critique "Critikat.com"




Avec l’éclosion des émissions télévisées consacrées à la cuisine, l’intérêt porté par le documentaire à la malbouffe et le souci de la société en général pour ce qu’elle mange, cela devait arriver : même le cinéma très jeune public est gagné par la mode culinaire. Le Parfum de la carotte est un programme de courts-métrages d’animation dont le sujet tourne autour de la nourriture : Un hérisson cherche un endroit tranquille pour déguster son déjeuner, toute une famille, du père aux animaux domestiques, unissent leur force pour déterrer une carotte, deux lapins venus à bout de leurs réserves de confiture de carotte nous en livrent la recette en chantant. Ces très courts films unis par leur thématique et par une même légèreté utilisent des techniques d’animation différentes. Le grand soin apporté aux génériques (le voyage des petits lapins qui partent à la recherche des meilleures carottes dans La Confiture de carottes) tend à les intégrer totalement aux films, qui, dans leur format extrêmement réduit, se présentent davantage comme des comptines que comme des récits, ce que leur structure ne dément pas : Le Hérisson partageur est construit sur un effet de répétition qui tient de la ritournelle, et La Carotte géante fonctionne lui selon le principe de l’accumulation. Ces trois mises en bouche sont très charmantes et de très bon goût.

Le clou du spectacle réside dans Le Parfum de la carotte, comédie musicale forestière, qui met en scène les rongeurs contre le carnivore renard et sa compagne, poétesse qui se nourrirait volontiers d’amour, d’eau fraiche et des quelques alexandrins. Histoire d’une amitié de voisinage contrariée puis réconciliée entre un écureuil et son nouveau voisin, un lapin féru de petits plats. Le rongeur est excédé par l’odeur lancinante de gâteaux qui s’échappe en permanence des fourneaux de son ami. Cuisinant sans relâche, le lapin cherche à se rabibocher à son compère en confectionnant un cake d’amabilité, référence à l’univers fabuleux de Peau d’âne de Jacques Demy. Mêlant voix de comédiens (Agnès Jaoui et Jean Baptiste Marcenac) et voix d’enfants, le film se fonde sur l’opposition entre les tenants de cette « maudite chaîne alimentaire », comme le chante le lapin. Si le récit est parfois un brin conventionnel, l’ensemble reste extrêmement soigné.

 


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Patéma et le monde inversé

Patéma et le monde inversé

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Film D'animation de Yasuhiro Yoshiura (Japon - 2013 - 1h39)


Patema affiche


Après une catastrophe écologique, la terre se trouve séparée en 2 mondes inversés ignorant tout l'un de l'autre. Dans le monde souterrain, Patéma, 14 ans, adolescente espiègle et aventurière rêve d'ailleurs.
Sur la terre ferme, Age, lycéen mélancolique, a du mal à s'adapter à son monde totalitaire.
Le hasard va provoquer la rencontre des 2 adolescents en défiant les lois de la gravité.









Critique "Les Inrockuptibles"


Ce dessin animé, premier long métrage de Yasuhiro Yoshiura, rappelle le film de SF Upside down de Juan Solanas. Un jeune homme et une jeune fille qui vivent dans deux mondes aux lois de la gravité opposées tombent amoureux – concrétisation matérielle de l’amour impossible.

Les univers en question, l’un souterrain, l’autre en surface, ont des idéologies antagonistes ; les uns sont enrégimentés dans un monde orwellien, les autres sont des troglodytes marginaux et fraternels.

Mais la réussite du film se trouve essentiellement dans la puissance d’évocation sensorielle de cette inversion, qui chamboule le point de vue et les certitudes géophysiques. Il n’y a plus de haut ni de bas. Où est l’espace, où est le sol ? Cela se traduit par la vision des amoureux s’enlaçant tête-bêche.

Si dans le chaste contexte de l’anime nipponne, cette bascule corporelle ne se prête pas à des sous-entendus égrillards, elle est génératrice d’idées assez splendides, comme de s’accrocher à son compagnon comme à un ballon pour s’envoler et franchir des obstacles.

Bref, ce film vertigineux renouvelle de façon séduisante l’exploration de l’air et de l’espace, d’une manière que même Miyazaki n’avait pas envisagée.

Critique "aVoir-aLire.com"


Dans un futur plus ou moins proche, une petite fille, Patéma, vivant dans une société souterraine, tombe dans le vide pour se retrouver à la surface du sol. Elle découvre, sur la « terre ferme », un univers où les lois de la gravitation s'appliquent à l'envers dans ce monde où elle risque d'être précipitée dans les airs. La terre est en effet divisée en deux mondes, celui d'une société totalitaire et celui des « inversés » condamnés à marcher la tête en bas et à éviter de « tomber dans le ciel ».


Considéré comme des sous-hommes pestiférés, les « inversés » sont menacés de destruction par le pouvoir militariste qui dirige le monde des humains. Patéma et le monde inversé aborde, sous le vernis de l'anticipation merveilleuse, divers thèmes, celui de la catastrophe et de ses conséquences, de la discrimination et de la démocratie, du surmoi paternel – obsessions extrêmement présentes dans le cinéma nippon. Mais ce qui est le plus remarquable dans ce film d‘animation, ce sont les possibilités plastiques permises par le postulat délirant de son récit (la gravitation inversée) remettant en cause les notions de haut et de bas jusqu'à donner le vertige au spectateur.

 


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Résistance Naturelle

Résistance Naturelle

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Documentaire de Jonathan Nossiter (France - Italie - 2014 - 1h25)




Resistance naturelle 2- Version Originale Sous-Titrée


Réunis sous le soleil de l’Italie, une poignée de vignerons et un directeur de Cinémathèque partagent leur passion du vin et du cinéma.

En quelques années, des agriculteurs libres ont transformé la conception du vin ainsi que son marché en produisant un vin dit « naturel ». Par goût de la liberté, de la transmission, de l’honnêteté artisanale et de la santé de la planète (et de ses habitants), ils sont entrés en résistance. Contre la tyrannie du marché et des gouvernements qui le servent.
Stefano Bellotti, le Pasolini des vignes (poète et rebelle !) dans le Piémont et Elena et Anna Pantaleoni, deux générations de femmes Émiliennes, ré-imaginent, souvent avec leur ironie, comment contester. Rejoins par Corrado Dottori dans les Marches et Giovanna Tiezzi en Toscane, ils partent tous à la recherche de la prochaine bataille.
Mais un engagement écologique envers la nature ne sert à rien s’il n’y a pas également une écologie de la culture.
Comme le vin, la transmission vitale et le rôle contestataire de la culture cinématographique sont menacés de disparition.
Dix ans après MONDOVINO, Jonathan Nossiter part à la rencontre en Italie de ses quelques résistants, de ces passeurs de vie.









Critique "Les Inrockuptibles"


Prolongeant le gigantesque travail accompli avec Mondovino, Jonathan Nossiter livre un documentaire de combat, un film dont le petit budget et la forme buissonnière rejoignent le fond antilibéral. La plupart des scènes montrent le réalisateur attablé avec des amis, discutant du sens de leur métier.

Ces amis sont vignerons, agriculteurs, ou directeur de cinémathèque : au-delà de leur personnalité propre ou de la diversité de leurs approches, ils ont en commun le rejet du système politico-économique dominant, l’amour du travail bien fait et de la transmission d’un héritage culturel.

Que l’on fasse du vin dans le Piémont, du blé dans les Marches, des fruits et légumes en Emilie-Romagne ou que l’on montre des vieux films à Bologne, l’idée est la même : produire de la qualité et la diffuser via des circuits accessibles. L’écologie englobe culture et agriculture, qualité de la terre et prix démocratiques, santé du corps et de l’esprit, service au consommateur et au citoyen.

Joignant le geste à la parole, Nossiter filme ces questions cruciales en musardant dans les champs, philosophant sous les tonnelles, dans les vignes. Les personnages de Nossiter ont ceci de passionnant : ce sont des paysans éclairés, réalisant l’alliance idéale de l’intellect et du manuel, de la ville et de la campagne. Comme si des héros d’Antonioni retrouvaient le populaire que célébrait Pasolini. Dialoguant avec Les Merveilles d’Alice Rohrwacher (Grand Prix à Cannes), Résistance naturelle respire à pleins poumons une Italie tissée de cultures plurimillénaires, très loin de la vulgarité vide de Berlusconi. Un film qui montre qu’un autre monde est possible, et pas seulement en Italie.


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